La nouvelle star de la Bourse canadienne procède à une émission d’actions de plus d’un milliard de dollars, mais si vous êtes un investisseur du Québec, vous ne pouvez y participer.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Après la fermeture des marchés jeudi, Shopify a déposé un document lui permettant de procéder à l’émission de 1,85 million d’actions de catégorie A.

L’entreprise d’Ottawa spécialisée dans les solutions de commerce électronique précise que le document a été déposé auprès des autorités boursières dans toutes les provinces et tous les territoires du pays, sauf le Québec.

« La plus grosse entreprise au Canada ignore le Québec. C’est décevant et même insultant », lance le trader professionnel Voicu Valentir. « Shopify se permet de ne pas déposer un prospectus en français parce qu’elle n’a pas besoin des investisseurs de deuxième ordre que sont les investisseurs québécois. C’est ridicule », ajoute-t-il.

« Si Shopify avait fait son émission à l’international, elle aurait pu déposer un prospectus en anglais en France », note le directeur général de l’organisme Québec Bourse, Louis Doyle. « Dans la communauté européenne, un prospectus est demandé dans la langue d’un des pays de la communauté et l’équivalent d’un sommaire exécutif est demandé dans la langue locale », précise l’ex-dirigeant de la Bourse de croissance TSX.

« Ce n’est malheureusement pas possible de faire cela au Canada. Ça nous ramène au fait que lorsqu’un financement est populaire et qu’une entreprise n’a pas besoin du Québec, les émetteurs ne s’en préoccupent pas, et lèvent des capitaux ailleurs. »

Le prix d’émission n’a pas encore été précisé. Il est donc impossible de connaître l’escompte offert par rapport à la valeur actuelle du titre de Shopify.

Quoi qu’il en soit, « les institutions québécoises n’ont pas l’occasion d’en acheter », indique Louis Doyle. « L’investisseur québécois n’y a pas accès et ça veut aussi dire que le conseiller en placements ne peut pas offrir les mêmes produits que ses collègues des autres provinces. Ça veut dire moins de commissions et moins de revenus. »

Chaque fois que des démarches sont entreprises pour assouplir cette approche, poursuit-il, la question de la langue au Québec soulève la même difficulté.

Il n’y a jamais eu un gouvernement qui a accepté de se rendre jusqu’au bout.

Louis Doyle

« Une façon élégante ou logique de traiter cette question », selon lui, serait de ne demander qu’un sommaire en français. « On prétend vouloir donner accès aux investisseurs québécois à toute l’information. Mais le commun des mortels ne lit pas le prospectus. »

« Une émission d'actions comme celle-ci se réalise dans une très courte période de temps entre son annonce et sa clôture de telle sorte que le nombre de participants et l'emplacement géographique est limité », commente la porte-parole de Shopify, Sheryl So.

Dans son communiqué, Shopify explique que l’argent récolté à la suite de l’émission d’actions doit servir à renforcer son bilan et lui offrir plus de flexibilité pour financer ses stratégies de croissance.

Mercredi, Shopify a dépassé la Banque Royale à titre d’entreprise ayant la plus grande valeur boursière au pays. La Banque Royale a toutefois repris son trône jeudi, alors que l’action de Shopify a reculé de 2 %, à 1016 $.