La COVID-19 oblige nos gouvernements à dépenser des sommes faramineuses pour soutenir l’économie, ce qui augmente nos déficits et notre dette publique.

Francis Vailles Francis Vailles
La Presse

D’où les questions que des lecteurs me posent : dans quels piteux états seront nos finances publiques au terme de la crise ? Devrait-on s’attendre à des hausses d’impôts et à des compressions budgétaires ? Comment se compare-t-on au reste du monde ?

À ce sujet, le Fonds monétaire international (FMI) a récemment publié une étude fort intéressante sur les effets de la COVID-19 sur les finances des principaux pays industrialisés. Je vous donne une partie de la conclusion : le Canada se classe plutôt bien (comme le Québec d’ailleurs, ai-je pu estimer).

Pour jauger l’évolution de la situation, la donnée la plus intéressante est la dette nette des divers gouvernements exprimée en proportion de la taille de leur économie (la dette en pourcentage du produit intérieur brut, ou PIB).

Pour chaque pays, la dette prise en compte par le FMI incorpore celles de toutes les administrations publiques (fédéral, provincial et municipal), et pas seulement la dette du gouvernement central.

Où en était-on avant la crise ? En très bonne position, dois-je dire. En gros, le Canada est l’un des pays industrialisés qui avaient la plus faible dette nette en proportion de son économie en 2019. Cette dette nette équivalait à 26 % du PIB canadien, selon le FMI, comparativement à 76 % au Royaume-Uni, à 84 % aux États-Unis et à 123 % en Italie.

Seules l’Allemagne et l’Australie sont comparables au Canada, tandis que la Suède a une dette nette de seulement 3 % de son PIB(1). Bref, c’est ce qui explique pourquoi le Canada fait partie de la dizaine de pays dans le monde à avoir la plus haute cote de crédit possible (AAA). Notre situation enviable s’explique notamment par les fonds mis de côté pour financer nos régimes de retraite publics (RRQ, etc.).

Le Québec, dans tout ça ? Notre province n’est évidemment pas répertoriée dans la liste des pays du FMI. J’ai donc utilisé des estimations du ministère des Finances du Québec qui incorporent à l’endettement public québécois la part fédérale assumée par les Québécois(2).

En 2019, selon cette estimation, les Québécois assumaient une dette nette équivalant à 45 % du PIB québécois, ce qui est nettement moindre que la moyenne de 83 % des pays du G20 calculée par le FMI. Ouf !

Maintenant, comment la crise de la COVID-19 touchera-t-elle notre endettement collectif ?

Selon le FMI, tous les pays verront leur endettement augmenter en 2020. En moyenne, la hausse sera de 18 points de pourcentage dans les pays du G20, la dette nette passant de 83 % à 101 % du PIB. La hausse de 18 points en un an est énorme sachant qu’elle a été de seulement 3 points depuis une dizaine d’années.

Le Canada ne sera pas épargné. Sa dette nette augmentera de 15 points environ en 2020, pour passer de 26 % à 41 % de son PIB. Malgré tout, le Canada demeurera parmi les pays les moins endettés dans le monde industrialisé, ce qui est de bon augure pour la suite des choses.

De fait, le Canada post-COVID (41 %) sera moins endetté que la France pré-COVID (90 %), c’est tout dire. La dette publique, faut-il le rappeler, est le fruit d’emprunts sur les marchés financiers de la planète.

Le Québec ? Le 16 avril, le ministre des Finances, Eric Girard, a affirmé que le Québec aurait un déficit en 2020 de quelque 12 à 15 milliards en raison du coronavirus. Sur cette base, il est possible d’estimer que la dette assumée par les Québécois augmenterait d’environ 13 points de pourcentage en 2020, à 58 % du PIB québécois, ce qui inclut la part de la dette fédérale.

Ainsi, le Québec continuerait d’avoir une dette nette moindre que la moyenne des pays du G20 (101 % du PIB).

À n’en pas douter, l’après-COVID se traduira par des restrictions budgétaires et des hausses d’impôts (ou l’abandon des baisses d’impôts promises). Les gouvernements attendront probablement un an ou deux avant de s’y mettre, mais il serait illusoire de penser que la crise actuelle sera sans conséquence financière sur les contribuables.

En attendant, il y aura des investissements publics des gouvernements pour relancer l’économie. Par la suite, les mesures des gouvernements pour équilibrer leur budget dépendront de l’incidence de cette relance sur l’emploi, sur la croissance économique et sur les déficits budgétaires. Le retour à l’équilibre budgétaire sera étalé sur plusieurs années, vraisemblablement.

Au fédéral, par exemple, le directeur parlementaire du budget prévoit maintenant un déficit de 252 milliards pour l’exercice 2020-2021. De cette somme, le soutien versé aux particuliers et aux entreprises durant quelques mois (PCU, subvention salariale, etc.) est non récurrent. Ce soutien étant de quelque 146 milliards, il resterait un déficit fédéral d’environ 106 milliards à équilibrer, ce qui est environ quatre fois supérieur au déficit qui était prévu pour l’année en cours.

En somme, la COVID-19 laissera des séquelles majeures sur nos finances publiques, mais la situation sera probablement bien pire ailleurs, comme le montrent les données sur l’endettement du FMI. Et comme tout est relatif…

1. La dette nette est la dette brute de laquelle on a soustrait les actifs financiers des gouvernements et l’actif net des régimes de retraite publics (RRQ, etc.). La dette brute du Canada équivaut à 89 % du PIB en 2019, sous la moyenne du G20 (113 %). La dette brute assumée par les Québécois était estimée à 94 % du PIB en 2019.

2. Le poids de la dette fédérale imputée au Québec est estimé à 21,2 %, soit la moyenne entre la part du Québec dans le PIB canadien (19,8 %) et la part du Québec dans la population canadienne (22,6 %).