Des fermetures sont imminentes parmi les producteurs de pétrole canadiens, dont certains doivent actuellement vendre à perte en raison de l’effondrement du prix international.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Le pétrole canadien, qui se vend au rabais par rapport au WTI, le brut de référence, valait moins de 4 $ US le baril lundi. « Ça signifie que certains producteurs obtiennent un prix négatif pour leur pétrole », explique Andrew Leach, spécialiste en énergie et professeur à l’Université de l’Alberta.

En tenant compte du coût de production et du transport jusqu’à Hardisty, où converge tout le pétrole albertain, certains producteurs vendent à perte actuellement, selon Andrew Leach. « Mais pas tous, il y a des producteurs, comme Suncor, qui ne vendent pas à Hardisty et qui ont des contrats à de meilleurs prix. »

C’est déjà arrivé dans le passé, mais pour de courtes périodes, précise le professeur. Selon lui, il faut s’attendre à des réductions de production ou à la fermeture de certaines installations si le prix du pétrole sur le marché international reste au niveau actuel ou continue de descendre.

Les prix du WTI et du Brent ont continué leur plongeon lundi, alors que près de la moitié de la population mondiale ne peut se déplacer en raison de la pandémie de COVID-19. Le brut américain est même tombé lundi sous le seuil des 20 $ US le baril, avant de finir la journée à 20,09 $ US, en baisse de 6,6 %. Le Brent, qui est la référence sur le marché hors des États-Unis, a clôturé à 22,76 $ US, en baisse de 8,7 %. Il s’agit de leurs niveaux les plus bas depuis 2002.

Depuis le début de la pandémie, la consommation mondiale de pétrole a chuté et la production totale a augmenté, en raison de la guerre de prix que se livrent la Russie et l’Arabie saoudite. Lundi, les Saoudiens ont fait savoir leur intention d’augmenter encore les exportations de pétrole, jusqu’au niveau record de 10,6 millions de barils par jour en mai.

En attente d’Ottawa

Selon l’Agence internationale de l’énergie, le monde consomme actuellement 5 millions de barils de pétrole par jour de moins.

Le prix du Western Canada Select pourrait encore baisser et la situation des producteurs de pétrole de l’Alberta, devenir encore plus difficile.

Les raffineries sont aussi touchées par l’arrêt des déplacements et commencent à leur tour à réduire les achats de brut. Les prix à la pompe devraient continuer de baisser.

INFOGRAPHIE LA PRESSE

Légende

Avant d’être frappé par la baisse de la demande et la chute des prix, le secteur pétrolier canadien prévoyait une première augmentation de ses investissements depuis la dernière crise, en 2014-2015.

Les principaux producteurs comme Husky Energy, Cenovus, Suncor et Canadian Natural Resources ont mis les freins. Le gouvernement fédéral, qui dépense tous azimuts actuellement, a promis une aide qui tarde encore à venir pour mitiger l’impact d’une crise pire que la précédente.

Des analystes prévoient une réduction de 340 000 barils par jour chez les producteurs dont les coûts sont les plus élevés. La crise actuelle s’annonce pire que celle de 2015. Les économistes de la Banque Royale prévoient des pertes massives d’emplois en Alberta et en Saskatchewan. « Les pertes totales d’emplois dans ces deux provinces pourraient s’élever à 200 000, ce qui serait 20 % des emplois perdus au Canada », ont-ils calculé.

Selon leurs estimations, toutes les provinces canadiennes subiront l’impact de la chute du prix du pétrole. Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a indiqué la semaine dernière qu’à lui seul, l’impact de la crise pétrolière sur l’économie canadienne aurait justifié une baisse du taux directeur.