Aucune entreprise n’est épargnée par le ralentissement économique brutal et sans appel qu’a induit la pandémie du coronavirus, mais il y en a certaines qui sont doublement touchées par le triste sort du destin. Louis Garneau Sports, qui venait tout juste de se placer sous la protection de la Loi sur la faillite, doit maintenant conjuguer avec les éléments pour trouver une double solution de sortie de crise.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Ancien cycliste olympique, Louis Garneau confesse que pour avoir réussi à gagner plus d’une centaine de courses dans sa vie d’athlète de haut niveau, il a dû en perdre plus de 500. Et il se dit aujourd’hui plus déterminé que jamais à régler les nombreux problèmes auxquels il fait face et à franchir le fil d’arrivée la tête bien haute.

« Je me sentais pas mal nono le 3 mars dernier quand j’ai annoncé que je devais me placer sous la protection de la Loi sur la faillite et que je devais licencier 70 personnes. J’avais perdu le contrôle de mon entreprise alors qu’on était en période de forte croissance économique et qu’on vivait le plein emploi.

« C’est vraiment la pire épreuve de toute ma vie. Mais j’ai pris le temps de reprendre mes esprits. J’ai recommencé à faire du vélo, je me nourris bien et je prépare le retour d’un nouveau Louis Garneau 5.0 », avise le fondateur du concepteur et fabricant de vélos et d’articles sportifs.

PHOTO YANNICK FLEURY, ARCHIVES LA PRESSE

Malgré le contexte qui s’est considérablement assombri, Louis Garneau poursuit l’échéancier prévu de sa restructuration alors que les groupes qui souhaiteraient participer au sauvetage financier de l’entreprise ont jusqu’au 3 avril pour se manifester.

La mise à pied de 70 personnes au siège social de Saint-Augustin-de-Desmaures, le 3 mars dernier, suivait celle de 46 couturières qui avait été décrétée au mois de septembre. Cela faisait plus de trois ans que Louis Garneau faisait face à des problèmes structurels dans la foulée de la faillite de deux importants clients, des problèmes qui l’ont conduit à demander la protection de la loi pour se placer à l’abri de ses créanciers.

Sur les 80 employés qui travaillaient encore au siège social de Louis Garneau, principalement à l’administration et au design, et qui assuraient la permanence en vue de la restructuration, il n’en reste plus qu’une trentaine en mode télétravail à la suite de la fermeture forcée des entreprises non essentielles commandée par le premier ministre François Legault.

Loin de baisser les bras à la suite de l’accumulation de tous ces revers de fortune, Louis Garneau a décidé de continuer le travail et de redoubler d’efforts pour sauver son entreprise et même faire émerger une entreprise plus forte encore lorsque les épreuves des derniers mois seront derrière elle.

« Je veux lancer le message à tous les entrepreneurs québécois qui vivent comme moi des moments dramatiques qu’il faut garder le cap et préparer la sortie de crise pour être en position de devenir plus forts encore lorsque l’activité reviendra à la normale », insiste l’entrepreneur.

Les sorties de crise

Malgré le contexte qui s’est considérablement assombri, Louis Garneau poursuit l’échéancier prévu de sa restructuration alors que les groupes qui souhaiteraient participer au sauvetage financier de l’entreprise ont jusqu’au 3 avril pour se manifester.

« Il y a présentement sept groupes qui sont en lice et on prévoit que d’autres vont s’ajouter. Nous, on est prêts à perdre le contrôle de notre groupe, mais notre plan est d’en faire une entreprise beaucoup plus grosse qu’elle ne l’était.

On avait deux alternatives : soit que l’on reparte de façon beaucoup plus modeste ou que l’on vise à devenir un joueur mondial de premier plan. Il n’y a pas de place entre les deux et on veut devenir gros, c’est ça, le plan du Louis Garneau 5.0.

Louis Garneau

Mardi et mercredi, toute la direction du groupe sera en séance de planification stratégique pour bien définir le modèle d’affaires qui s’articulera autour de l’activité principale du groupe, qui reste la fabrication de vêtements pour le vélo (80 % de ses revenus).

« Pour ce qui est des vélos, on va asseoir notre stratégie sur trois chevaux de bataille : les vélos hybrides, les vélos pour enfants et les vélos électriques, qui vont prendre de plus en plus de place dans le transport urbain », anticipe Louis Garneau.

Les vêtements produits par Louis Garneau sont déjà présents dans 40 pays, alors que ses marchés les plus importants sont le Canada, les États-Unis et le Japon.

Parallèlement à cette sortie de crise financière, Louis Garneau réfléchit aussi bien sûr à la sortie plus urgente encore de la crise du coronavirus.

« La santé reste la priorité absolue et on est tous dans le même bain. Mais il va y avoir une reprise, et il faut s’y préparer dès maintenant. Et le vélo va contribuer à cette sortie. Déjà, c’est un moyen de transport très efficace en milieu urbain et selon moi ça fait un bien immense à tous ceux qui en font », observe avec justesse Louis Garneau.