Le gouvernement du Québec n’hésitera pas à aider les entreprises si le blocus ferroviaire ou l’épidémie de COVID-19 devait finir par les fragiliser.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

« Le rôle du gouvernement, c’est de rassurer et d’arriver avec des programmes financiers d’assistance comme on l’a fait pour le bois d’œuvre et l’aluminium, a confié aux médias le ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon, en marge du dévoilement des résultats de l’organisme Montréal International. S’il le faut, on va les mettre sur pied », a-t-il avancé, catégorique.

« Les gens de mon ministère parlent à tous ceux qui téléphonent pour tenter de voir le genre d’assistance que nous pourrions donner. Il y a beaucoup de souci de la part des sociétés, surtout les plus petites », a-t-il dit.

« Investissement Québec et le MEI ont des programmes de support 911, [comme on les] appelle. On peut agir très rapidement », a-t-il poursuivi. Ces programmes visent principalement à financer le fonds de roulement des entreprises fragilisées.

Cette volonté d’agir tombe à point nommé.

Près du quart des entreprises canadiennes se disent victimes des blocages ferroviaires actuels, selon les résultats préliminaires d’un nouveau sondage commandé par la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), qui indique par ailleurs que les entreprises touchées ont perdu en moyenne 60 000 $ depuis le début des blocages.

C’est dans les quatre provinces de l’Ouest canadien que les entreprises ont le plus subi les blocages, suivies par la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick. Le sondage FCEI a été envoyé à des chefs d’entreprise le 21 février et il est toujours en cours. Près de 7000 PME des quatre coins du pays ont répondu.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie

Les PME québécoises ne sont pas en reste. Par exemple, à Saint-Hyacinthe, un producteur agroalimentaire attend ses emballages pour lancer de nouveaux produits, rapporte François Vincent, vice-président Québec de la FCEI. L’entreprise est ainsi condamnée à financer de lourds stocks de matières premières sans avoir la capacité de vendre son produit final.

M. Vincent relate aussi le cas d’un producteur de mousse polyuréthane de la Mauricie qui attend ses matières premières d’outremer, qui sont coincées en mer. Il a dû se résigner à payer 40 % plus cher pour les remplacer en catastrophe par des fournitures « made in USA ».

Plus près de chez nous, un restaurateur de la gare Centrale soutient avoir perdu 50 % de son chiffre d’affaires depuis le début du blocus.

Une intervention d’Ottawa réclamée

De son côté, la Fédération canadienne de l’agriculture (FCA), dont les membres tenaient leur assemblée générale annuelle à Ottawa mardi, a réclamé une intervention du gouvernement Trudeau pour trouver une solution rapide.

Grosso modo, 7 à 10 jours sont les estimations que nous avons des stocks qui nous restent, autant [pour le] propane que [pour le] soya, pour faire face à la situation.

Marcel Groleau, président de l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Québec

Pour le moment, le ministre Fitzgibbon dit être attentif aux témoignages d’entrepreneurs inquiets. Il obtient en outre des rapports quotidiens sur l’état du blocus ferroviaire organisé par des membres des Premières Nations et son impact sur les entreprises.

Il soutient que le gouvernement québécois bougera dès qu’il sentira que les entreprises en sont rendues à suspendre leurs activités ou qu’elles deviennent carrément incapables d’exporter leurs produits.

Multiplication des barricades

Au lendemain d’une dizaine d’arrestations à Tyendinaga, en Ontario, et de 14 arrestations à New Hazelton, en Colombie-Britannique, d’autres blocages de voies ferrées ou de routes ont fait leur apparition au pays.

Mardi matin, un groupe de personnes bloquaient des voies ferroviaires près de Hamilton, causant des perturbations dans le réseau de trains de banlieue GO dans la grande région de Toronto.

Une nouvelle barricade a aussi fait son apparition à Caledonia, en Ontario.

Au Québec, une barricade est toujours maintenue à Kahnawake, à proximité de Montréal, et la circulation est entravée sur la route 344 vers Oka. En Gaspésie, le barrage érigé à Listuguj est toujours là. D’autres manifestants qui bloquaient une portion des rails dans le secteur Lennoxville à Sherbrooke ont été arrêtés.

En Colombie-Britannique, des manifestants bloquaient une intersection permettant d’accéder au port de Vancouver. Un autre groupe était déployé à l’Assemblée législative de Victoria.

— Avec La Presse canadienne

Bond de 30 % en 2 ans des investissements étrangers

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Stéphane Paquet, PDG de Montréal International

L’organisme de prospection des investissements directs étrangers Montréal International a accompagné 89 sociétés étrangères qui ont investi 2,6 milliards dans la région montréalaise en 2019, 30 % de plus qu’il y a deux ans. Ces projets, soutient l’organisme, ont permis de créer 7712 emplois directs à un salaire moyen de 84 407 $. « Chaque semaine, au moins une entreprise étrangère choisissait le Grand Montréal pour s’y implanter. Du jamais-vu ! », s’est enthousiasmé son PDG Stéphane Paquet, lors de la présentation des résultats. Créé en 1996, l’organisme emploie 85 personnes et dispose d’un budget annuel de 20 millions financé par les trois ordres de gouvernement et par le secteur privé. Le gouvernement de François Legault poursuit l’objectif de doubler les investissements directs étrangers au Québec, de 3 à 6 milliards par an.