La plupart des Québécois trouvent que l’hiver 2020 est doux, mais chez Hydro-Québec, on le trouve plutôt dur.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Les ventes d’électricité sont en forte baisse tant sur le marché québécois que sur les marchés d’exportation de la société d’État, selon les informations obtenues par La Presse. « C’est plus difficile pour nous que l’an dernier, c’est certain », a confirmé le porte-parole d’Hydro, Marc-Antoine Pouliot.

Le froid intense qui sévit généralement en janvier a épargné le nord-est du continent, ce qui signifie que la facture de chauffage sera plus facile à avaler que celle de l’an dernier. Cela pourrait se traduire par des dizaines de millions de dollars de revenus en moins pour Hydro-Québec, et moins de profits.

La consommation d’électricité a baissé de 5 % au Québec en janvier comparativement au même mois de l’an dernier. Pour Hydro, ça signifie des centaines de millions de kilowattheures de ventes en moins (850 gigawattheures en moins).

La pointe de janvier, soit le moment de l’hiver où la consommation atteint un sommet, est restée loin du seuil historique des 39 000 mégawatts enregistré au Québec. La demande maximale d’électricité a atteint 36 150 mégawatts, le 19 décembre. Contrairement aux hivers précédents, la société d’État n’a pas eu à inviter sa clientèle à réduire sa consommation du matin et du soir pour soulager son réseau.

Baisse des exportations

Sur le marché de la Nouvelle-Angleterre, le principal marché d’exportation d’Hydro-Québec, la consommation d’électricité en janvier est en baisse de presque 8 % par rapport à celle de l’an dernier, en raison de la hausse des températures.

La ville de Boston a même connu son mois de janvier le plus chaud depuis 148 ans, selon les météorologues américains du National Weather Service, et le mercure a même atteint un record de tous les temps à 21 °C, le 11 janvier.

Le prix du gaz naturel augmente généralement en hiver et connaît un pic en janvier en raison des besoins de chauffage. En Nouvelle-Angleterre, le prix du gaz bondit en hiver, mais ça ne s’est pas produit cette année. En fait, le prix du gaz naturel sur le New York Mercantile Exchange est à son plus bas des 10 dernières années pour les mois d’hiver.

Le prix de l’électricité en baisse

Le prix du gaz conditionne celui de l’électricité sur le marché de la Nouvelle-Angleterre. Comme il est actuellement très bas, le prix de l’électricité s’est effondré cet hiver sur le principal marché d’exportation d’Hydro-Québec.

Le prix du kilowattheure a été réduit de moitié comparativement à l’an dernier sur le marché de référence. Il est passé de 5,68 cents US en janvier 2019 à 2,64 cents US en janvier 2020.

Hydro-Québec assure qu’elle obtient un meilleur prix que ce prix de marché pour ses exportations en Nouvelle-Angleterre, grâce à ses stratégies de couverture et aussi parce qu’elle peut choisir d’exporter dans les moments de la journée où les prix sont les plus élevés.

Le prix moyen des ventes à l’exportation ne sera pas connu avant la fin du premier trimestre en cours, mais la société d’État soutient qu’elle a réussi jusqu’à maintenant à obtenir un prix moyen semblable à celui de la même période l’an dernier. En 2019, le prix moyen des kilowattheures exportés avait été de 5 cents CAN, soit 3,77 cents US.

Le nombre de kilowattheures exportés sera vraisemblablement en forte baisse par rapport à l’an dernier, à cause de l’hiver plus clément. L’an dernier, en raison de ses surplus et des températures froides, Hydro-Québec avait pu exporter au maximum de ses capacités, soit 10 térawattheures (ou milliards de kilowattheures). Ces exportations avaient rapporté 515 millions.

Le trimestre d’hiver, soit les mois de janvier, février et mars, est la période de l’année la plus payante pour Hydro-Québec, en raison des besoins de chauffage. Au Québec, l’électricité est la principale source d’énergie utilisée pour le chauffage.

La Nouvelle-Angleterre utilise principalement le mazout et le gaz naturel, qui sert aussi à produire la plus grande part de l’électricité de la région.