(Toronto) Don Colling se prépare à adjuger sa carrière de près d’un demi-siècle à titre de commissaire-priseur.

Ross Marowits
La Presse canadienne

« Cette année pourrait bien être la dernière », reconnaît l’homme âgé de 82 ans qui se remet d’un AVC.

M. Colling a été témoin du déclin du marché des encans face à la forte concurrence des ventes sur l’internet. De plus en plus de ses collègues prennent leurs retraites et les jeunes acheteurs boudent les antiquités.

« Les ventes immobilières et les ventes d’antiquité étaient une grande chose dans le passé, mais aujourd’hui, on peine à donner une antiquité, dit M. Colling dans une entrevue réalisée en anglais. La jeune génération s’en soucie comme de l’an 40. »

Pendant les années d’or des encans, la société d’antiquités de M. Colling effectuait deux séances de vente par semaine. Certaines se déroulaient dans ces chalets ontariens qu’affectionnaient des vedettes comme hollywoodiennes comme Goldie Hawn ou Matt Damon.

Ces ventes étaient si lucratives que M. Colling pouvait gagner deux fois plus d’argent par semaine qu’en travaillant dans une chaîne de montage de Chrysler. Aujourd’hui, il ne peut rassembler assez d’articles intéressants et d’acheteurs potentiels que pour une seule séance par mois.

La firme Kilshaw’s Auctionners a fermé ses portes l’an dernier, plus de deux siècles après sa fondation à Victoria. Aujourd’hui, les vendeurs préfèrent faire affaire sur eBay, Kijiji, Craigslist ou sans passer par un intermédiaire, explique sa dernière propriétaire Alison Ross.

L’entreprise avait bien tenté de suivre la tendance en proposant des ventes en ligne une fois par mois, ce qui lui avait permis d’élargir son audience bien au-delà de la ville.

« Cela a certainement aidé à certains égards, mais le coût de faire des affaires dans un centre-ville comme Victoria est prohibitif », déplore-t-elle.

En plus de l’essor des sociétés d’enchères numériques, le marché a été inondé d’articles traditionnels au cours des 15 dernières années, les baby-boomers et leurs parents cherchant à s’installer dans les logements moins spacieux. Des meubles sont vendus à une fraction du prix d’achat original.

De plus, les jeunes acheteurs préfèrent acquérir des meubles modernes aux lignes épurées. Les pièces et assiettes de la collection Royal Doulton ne sont plus à la mode.

Pour lutter contre les ventes par internet, de nombreuses maisons de vente aux enchères ont dû se spécialiser ou de se tourner vers des produits plus luxueux qui continuent d’avoir des acheteurs. Il est devenu plus difficile de trouver une maison de vente prête à liquider une succession entière aux enchères.

« Les gens pensent que nos entreprises valent une fortune », signale Stacy Martin, un encanteur de la région de Hamilton, en Ontario.

Les émissions de télévision qui mettent l’accent sur le fait que les gens obtiennent beaucoup d’argent contre des effets personnels ont nui au marché, soutient-il. Des vendeurs exigent des prix excessifs pour leurs biens.

M. Martin dit être de la vieille école. Il n’a pas l’intention de passer aux ventes en ligne, car cela nécessite plus de travail pour photographier et cataloguer les lots à vendre. Il comprend toutefois l’attrait que les enchères en ligne représentent pour un acheteur bien installé dans le confort de son foyer.

Même les services de police locaux en Ontario ont abandonné les encans extérieurs pour se doter de leur propre site internet. On peut même y acquérir des articles provenant des agences de transport de commun ou des universités.

Steve Pritchard, un commissaire-priseur chevronné, prédit que les enchères en direct « diminueront d’ici 15 à 20 ans » au fur et à mesure que des firmes comme MaxSold prendront de l’essor.

LA PRESSE CANADIENNE

Le site d’enchères en ligne MaxSold

Les enchères en ligne ont gagné en popularité auprès d’une clientèle de professionnels trop occupés pour passer des heures à un encan en direct, dit Sushee Perumal, qui a cofondé MaxSold, il y a une décennie, avec Barry Gordon.

Ces enchères sont beaucoup plus lucratives que les encans en direct, attirant des centaines de participants, y compris de jeunes acheteurs nouveaux, à chacun des 400 événements que la firme organise mensuellement.

« Ce que nous avons décidé de créer, c’est le McDonald’s du secteur des enchères », se vante-t-il.

MaxSold est l’une des entreprises à la croissance la plus rapide au Canada, réalisant plus de 20 millions de ventes annuelles et cherche actuellement du capital de risque.

Son associé n’est pas prêt à prédire la mort des enchères en direct. Selon lui, certaines ont encore leur utilité, comme les enchères agricoles.

« Je pense qu’il y a une place pour les enchères en direct. C’est juste beaucoup moins pertinent dans la vie de la plupart des gens », dit M. Gordon.