Essoufflement, toux, fièvre… Les marchés boursiers ont attrapé le nouveau coronavirus qui paralyse la Chine. Mais si le passé est garant de l’avenir, ces symptômes temporaires ne porteront pas un coup fatal aux investisseurs.

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

Lundi, la Bourse américaine a perdu 1,6 %, tandis que la Bourse canadienne se repliait de 0,7 %, sa pire journée depuis quatre mois. Après une année de rendements spectaculaires en 2019, les marchés sont sur le qui-vive. D’ailleurs, l’indice VIX, qui mesure la peur sur les parquets boursiers, a atteint son plus haut niveau depuis octobre dernier.

Les investisseurs se sont réfugiés dans l’or et les obligations du gouvernement américain à 10 ans, dont le regain de popularité a fait fondre le rendement à un creux de 1,6 %.

« Est-ce que les marchés surréagissent ? Pour l’instant, non. Est-ce que les marchés sont nerveux ? Oui. Les investisseurs vont mettre sur leurs écrans les courbes épidémiques du coronavirus, comme on le faisait à l’époque du SRAS », raconte Stéfane Marion, stratège en chef à la Banque Nationale.

Mais la situation est bien différente de celle d’il y a presque 20 ans.

Quand le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) a frappé en Chine, en 2002-2003, les gens craignaient une vaste pandémie mondiale qui ne s’est pas avérée. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), cet épisode a fait 774 morts sur 8096 cas rapportés, soit un taux de mortalité de 9,5 %.

Lundi en fin de journée, 2886 personnes avaient été infectées par le nouveau coronavirus qui a entraîné 81 décès, soit un taux de mortalité de moins de 3 %. Pour l’instant, l’Organisation mondiale de la santé n’a pas voulu décréter l’urgence de santé publique de portée internationale (USPPI).

Cette fois, la Chine semble très fermement déterminée à contenir le virus.

Le gouvernement a décrété une quarantaine d’une ampleur jamais vue, touchant 60 millions de personnes. Les transports ont été suspendus pour contenir la population dans plusieurs régions, y compris la province de Wuhan où le virus aurait pris naissance dans un marché de fruits de mer.

De plus, le congé du Nouvel An lunaire a été prolongé. Les transactions à la Bourse de Shanghai sont arrêtées jusqu’au 3 février. Et plusieurs entreprises doivent rester fermées jusqu’au 10 février.

Tant mieux si cette batterie de mesures permet de mieux contenir la propagation du virus. Mais cette paralysie générale en Chine aura des répercussions sur l’économie mondiale beaucoup plus grandes qu’à l’époque du SRAS.

En 2002, la Chine entrait à peine dans l’Organisation mondiale du commerce. Depuis, son économie a connu un formidable avènement, passant de 8 % du PIB mondial à 20 % aujourd’hui. La Chine est maintenant le noyau de la chaîne de production mondiale.

Par exemple, la région de Wuhan regroupe plusieurs fabricants de pièces automobiles. Si les usines restent fermées, cela pourrait avoir des conséquences importantes sur des géants comme Nissan ou Honda.

Les craintes que le coronavirus ralentisse l’économie mondiale ont donc fait tomber le pétrole de 2 % et les titres du secteur canadien de l’énergie de 2,8 %.

Les transporteurs aériens en ont aussi pris pour leur rhume. Il faut dire que le nombre de Chinois voyageant par avion a pratiquement été multiplié par 10 depuis 2002, souligne M. Marion. À l’époque, 73 millions de Chinois voyageaient par avion chaque année, maintenant ils sont 611 millions.

Et si les consommateurs chinois restent enfermés trop longtemps chez eux, les multinationales du commerce de détail, en particulier dans le domaine du luxe, vont aussi s’en ressentir.

Bref, quand l’économie chinoise a la grippe, tout le reste de la planète tousse.

Mais l’épisode du SRAS démontre que les investisseurs ne doivent pas paniquer non plus. À l’époque, la Bourse avait subi les contrecoups de l’épidémie qui survenait au même moment que l’invasion de l’Irak par les États-Unis.

« La nervosité a duré quelques semaines, mais les dommages collatéraux ont été beaucoup moins importants que ce qu’on avait pensé », rappelle M. Marion.

D’ailleurs, on a observé le même phénomène avec la grippe porcine qui a frappé le Mexique en 2009, le virus Ebola qui a sévi en Afrique en 2014 ou encore le virus Zika qui s’est répandu au Brésil en 2016.

Chaque fois, la Bourse locale a été ébranlée à court terme. Chaque fois, elle s’en est remise, affichant des gains appréciables dans les mois suivants.