Le vieillissement de la population et l’explosion prévisible des dépenses en santé exigent que le gouvernement du Québec regarde plus loin et fasse ses projections de revenus et de dépenses sur un horizon de 10 à 20 ans.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

L’objectif est de savoir si le gouvernement prend les bonnes décisions aujourd’hui pour demain, estime Yves St-Maurice, président du Comité des politiques publiques de l’Association des économistes du Québec.

Dans ses recommandations au ministre des Finances en vue du prochain budget, les économistes estiment qu’il est temps de voir plus loin que l’horizon de cinq ans qui est la norme actuellement. « Ça permettrait de vérifier si les générations futures pourront bénéficier du niveau actuel de services publics sans augmenter leur fardeau fiscal », selon eux.

Dans un entretien avec La Presse, Yves St-Maurice rappelle que des travaux récents de la Chaire en fiscalité de l’Université de Sherbrooke ont montré que les surplus actuels ne résisteraient pas longtemps à la pression du vieillissement de la population. « Il faut rester prudent et ne pas baisser les impôts ou augmenter les dépenses trop rapidement », précise-t-il.

Les projections de revenus et de dépenses du gouvernement sur une période de 10 à 20 ans pourraient être la responsabilité d’un Directeur du budget, un organisme indépendant comme celui qui existe au fédéral et dont la création a déjà été recommandée par l’Association des économistes.

Taxer l’essence

Sur le plan de l’environnement, les économistes sont d’avis que les objectifs environnementaux comme la réduction de la consommation de produits pétroliers ne seront pas atteints sans l’imposition de nouvelles taxes.

Toute augmentation des taxes sur l’essence, toutefois, devrait être accompagnée d’une réduction de l’impôt ou d’autres types de taxes afin de ne pas augmenter le fardeau fiscal total.

Par ailleurs, les économistes québécois croient que le gouvernement devrait s’abstenir d’investir dans de nouvelles routes et autoroutes, comme un troisième lien à Québec, tant que les infrastructures existantes ne seront pas remises en état.

« Il faudrait d’abord s’occuper des infrastructures qui continuent de se détériorer », dit Yves St-Maurice.

Dans leur avis au ministre des Finances, les économistes soulignent que les investissements réalisés dans les infrastructures ne sont pas suffisants pour contrer leur dégradation.

Ce constat vaut aussi pour les autres types d’infrastructures, comme les hôpitaux et les écoles, estiment les économistes québécois. Le Plan québécois des infrastructures, qui donne une idée des investissements à venir, n’est pas suffisant. « On a besoin d’un plan et d’un échéancier de résorption du déficit de maintien d’actifs », dit Yves St-Maurice.