Fondée il y a 20 ans, la firme montréalaise Averna, spécialisée dans la conception et la gestion de solutions de test et de qualité, a rapidement connu le succès avant d’enregistrer une baisse de régime au début des années 2010. Depuis cinq ans toutefois, l’entreprise a élargi considérablement ses champs d’action pour devenir aujourd’hui un leader mondial des solutions de test. L’ambition de son PDG, François Rainville, est maintenant de faire évoluer Averna du stade de leader à celui de géant mondial.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Q. Dans quel contexte vous êtes-vous joint à Averna en 2012 ? Qu’est-ce que faisait l’entreprise et quel était votre rôle à l’époque ?

R. L’entreprise, qui concevait des outils pour tester la qualité des produits industriels sur leur chaîne de montage, avait connu beaucoup de succès depuis sa fondation, mais éprouvait en 2012 des problèmes.

BlackBerry était le principal client d’Averna, mais représentait 85 % de ses revenus et, on le sait, ses affaires déclinaient. André Gareau, qui était le président d’Averna et qui avait été dans le C.A. de mon entreprise Prima Télématique, m’a demandé un coup de main pour relever les ventes.

Je pensais rester deux semaines, mais mon mandat s’est étiré sur un an, il fallait restructurer l’entreprise, élargir et approfondir sa base de clientèle. On l’a fait et on a préparé un plan d’affaires qui reposait sur le développement d’une clientèle de renommée mondiale et des acquisitions pour assurer sa croissance.

C’est à ce moment-là que le fonds d’investissement Tandem Expansion de Charles Sirois est devenu l’actionnaire principal d’Averna avec la Caisse de dépôt et placement. Ils ont donné le feu vert à l’exécution de notre plan.

Q. Quelle a été la suite des choses ? Comment avez-vous réussi à diversifier la base de votre clientèle ?

R. J’ai eu le mandat d’identifier des cibles qui nous permettraient de nous diversifier géographiquement et d’élargir notre base de clientèle. Il fallait sortir du Canada où on retrouve de moins en moins d’entreprises qui fabriquent des produits complexes qui nécessitent des solutions de test comme les nôtres.

En un an, j’ai rencontré les directions d’une trentaine d’entreprises. On en a identifié dix qui correspondaient à nos objectifs et on a ramené leur nombre à trois.

On a réalisé l’acquisition de Cal-Bay, en Californie, puis celle de Test and Measurement qui avait des bureaux en Belgique, aux Pays-Bas et en Pologne et on a complété celle de Nexjen, à Charlotte, en Caroline du Nord. On a aussi ouvert un bureau au Mexique et un autre, plus petit, au Japon.

Q. Quelles nouvelles expertises ces entreprises ont-elles apportées à Averna et comment leur intégration s’est-elle faite  ?

R. L’acquisition de ces entreprises nous a permis de nous diversifier géographiquement et de nous rapprocher des centres de développement de plusieurs nouveaux clients.

Ça nous a ouvert de nouveaux marchés, comme ceux de l’aéronautique, des équipements médicaux et de l’automobile.

On a vraiment bien réussi l’intégration de ces nouvelles entreprises. Ça nous a pris deux ans pour finaliser leur intégration, mais on l’a fait tout en haussant considérablement notre efficacité opérationnelle.

Q. Comment cette expansion par acquisition s’est-elle répercutée sur votre volume et votre chiffre d’affaires ?

R. Au cours des quatre dernières années, notre chiffre d’affaires a triplé et a atteint 95 millions l’an dernier, alors que nos profits d’exploitation ont atteint des niveaux records au cours des trois dernières années en progressant de 10 % par année.

On travaille sur 400 à 500 projets par année et on compte plus de 300 clients industriels de renom, tels que Apple, Microsoft, Whirpool, Panasonic, Medtronic, GE Healthcare…

Et ce qui est important, c’est que l’on sélectionne maintenant nos clients. Aucun d’entre eux ne totalise plus de 10 % de notre chiffre d’affaires, alors nos 20 clients les plus importants représentent 55 % de nos revenus annuels.

Q. Que réserve maintenant l’avenir à Averna ?

R. On est devenus un leader mondial dans le développement de solutions de test et de contrôle de la qualité et c’est un marché en expansion avec le développement de la 5G, de la conduite autonome, du manufacturier intelligent…

Notre objectif, qui pourrait être réalisable dans un horizon de trois à cinq ans, est de bâtir un géant mondial des tests avec des revenus annuels de 300 millions US.

C’est possible d’y arriver parce qu’on est dans un marché qui est très morcelé où il existe beaucoup de petits joueurs avec des revenus annuels de 10 à 30 millions. On peut devenir le consolidateur des concepteurs de solutions de tests.

Q. C’est aussi un marché qui n’a pas fini de prendre de l’expansion, non ?

R. Tout à fait. Il y a de plus en plus de produits de consommation qui exigent un niveau de contenu technologique élevé.

Il faut les tester, ces technologies, et de plus en plus de fabricants vont donner leurs activités de test en sous-traitance. On veut se positionner pour devenir la solution de ces manufacturiers.

On doit aussi augmenter notre présence en Asie. On a un bureau de vente au Japon, mais on veut s’implanter en Chine.

Q. Est-ce que vous avez le soutien financier de vos actionnaires actuels pour réaliser votre projet consolidateur ?

R. Le Fonds Tandem Expansion (qui est majoritaire) et la Caisse de dépôt possèdent 80 % d’Averna, les 20 % restants sont détenus par les dirigeants et le personnel clé de l’entreprise.

Notre dernier financement de 30 millions date de 2014 et on va devoir en réaliser un nouveau au cours de la prochaine année financière. Le Fonds Tandem a déjà signifié qu’il prévoyait une sortie d’ici deux ans.

On va donc devoir trouver du financement pour racheter notre actionnaire et pour assurer notre expansion. On prépare une tournée des grands fonds d’investissement pour leur présenter notre modèle d’affaires et je ne suis pas inquiet. Il y a beaucoup de capital disponible sur le marché et il y aura beaucoup de cibles d’acquisition qui seront disponibles.