Comme il a réussi à le faire avec l’accord de libre-échange nord-américain qui a été signé en décembre dernier, Donald Trump vient de fermer un nouveau front d’une autre guerre commerciale qu’il a lui-même déclenchée. Si l’entente qu’il vient de signer avec la Chine ne règle qu’une partie des litiges entre les deux puissances, elle permet au président américain de mettre le couvercle sur une marmite qui sera toutefois rapidement rouverte.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

La première phase de l’accord commercial entre les États-Unis et la Chine marque sans conteste un pas dans la bonne direction dans le processus d’apaisement des tensions entre les deux premières puissances économiques mondiales.

On ne peut quand même pas nier que la stratégie belliqueuse de Donald Trump permettra finalement aux États-Unis de réduire de façon importante leur déficit commercial avec la Chine au cours des deux prochaines années.

Mais cette entente ne règle en rien le lourd contentieux qui persistera entre les deux pays sur plusieurs sujets et ce contentieux va faire l’objet d’une nouvelle ronde de négociations en vue de la conclusion de la phase 2 d’un accord commercial final.

Comme le titrait avec justesse mercredi une note de recherche du groupe Oxford Economics, cette première phase de l’accord commercial n’est que le premier pas d’une thérapie de couple qui ne fait que commencer. 

PHOTO SAUL LOEB, AGENCE FRANCE-PRESSE

Donald Trump

Les rencontres chez le psy vont être nombreuses et les deux parties auront un long chemin intérieur à parcourir afin d’arriver à l’harmonie souhaitée.

Cela dit, on a l’impression que Donald Trump vient de faire le ménage de sa porcherie en vue de la prochaine campagne électorale qui s’en vient rapidement et du mauvais moment qu’il aura à passer avec l’ouverture la semaine prochaine de son procès en destitution.

En annonçant mercredi la signature d’un « accord commercial historique » avec la Chine, Donald Trump donne l’impression d’avoir réglé un dossier qui tenait toute la planète économique en haleine.

C’est vrai que la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine a considérablement déstabilisé les marchés financiers en 2017 et en 2018 et qu’elle a affecté le rythme de la croissance de l’économie mondiale.

Mais il est faux de prétendre que la première phase de cet accord commercial vient régler les nombreux différends commerciaux entre les deux puissances, et ce, en dépit des gains bien réels que viennent de faire les États-Unis.

Chose promise, chose due

Donald Trump peut se targuer d’avoir livré au peuple américain ce qu’il lui avait promis durant la campagne électorale de 2016. Il a forcé la Chine à équilibrer de façon notable ses échanges avec les États-Unis afin de mieux équilibrer la balance commerciale entre les deux pays.

En 2017, les États-Unis ont enregistré un déficit commercial de 375 milliards avec la Chine, avec des exportations de 130 milliards en biens et services (soya, avions et automobiles) et des importations de 505 milliards en produits chinois (dont 120 milliards en produits électroniques).

L’entente signée entre les deux pays obligera la Chine à hausser de 200 milliards ses achats de produits et services américains sur deux ans alors que les États-Unis vont réduire de moitié les tarifs de 15 % qui avaient été imposés sur 120 milliards de produits importés de la Chine.

Les manufacturiers et les agriculteurs américains vont sortir gagnants de ce nouveau marché d’exportation et c’est en plein la clientèle que Donald Trump a toujours cherché à galvaniser avec son « Make America Great Again ».

Les États-Unis ont aussi obtenu de la Chine une meilleure protection de la propriété intellectuelle et une plus grande ouverture du marché chinois aux services financiers américains.

Mais pour que cette entente se réalise, le gouvernement chinois a accepté que les tarifs américains de 25 % qui sont encore imposés sur plus de 250 milliards d’exportations chinoises soient maintenus.

Ces tarifs de 25 % pourront disparaître – tout comme ceux qui ont été ramenés à 7,5 % sur 120 milliards de biens chinois – à l’issue de la prochaine ronde de négociations qui vont s’amorcer en vue de la finalisation de la phase 2 de cet accord commercial.

On comprend donc qu’on est encore bien loin de la conclusion de la phase 2 de l’accord commercial entre les États-Unis et la Chine, d’autant que des questions cruciales n’ont pas encore été négociées comme celle des subventions gouvernementales aux entreprises chinoises ou le cyberespionnage ou les accusations américaines qui pèsent toujours sur le géant Huawei.

Fidèle à son image, Donald Trump va faire du « millage » au cours des prochains jours et des prochains mois et il va s’exprimer bruyamment sur les gains qui sont réalisés par les États-Unis, sur les concessions qui ont été arrachées à la Chine, sur la justesse de sa stratégie consistant à utiliser les tarifs comme arme commerciale, sur la grandeur retrouvée des États-Unis… En espérant que le couvercle de la marmite reste bien en place.