« Ce n’est pas vraiment important où je dors, mais où je vais avoir un impact », affirme Mirko Bibic.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

Comme son prédécesseur George Cope, le nouveau président et chef de la direction de Bell, Mirko Bibic, sera officiellement établi à Toronto. Mais là s’arrêtent les comparaisons, car Mirko Bibic compte être très présent au Québec, sa province natale.

Bell a toujours son siège social à Montréal, mais une seule membre de son équipe de 13 hauts dirigeants (Karine Moses, nommée lundi présidente de Bell au Québec) est officiellement installée au Québec. Sauf que Mirko Bibic, qui entamait lundi sa première journée comme président et chef de la direction de Bell, est aussi québécois. Né à Montréal, il parle parfaitement français, a grandi à Longueuil et a vécu au Québec jusqu’à la fin de son premier bac à McGill (il a ensuite étudié à Toronto puis a vécu à Ottawa).

« Moi, je suis basé dans les deux villes [Toronto et Montréal], dit Mirko Bibic en entrevue à La Presse. Ce n’est pas vraiment important où je dors, mais où je vais avoir un impact. Quand on parle de pouvoir décisionnel, le plus gros pouvoir décisionnel dans une entreprise, c’est le PDG. Et le PDG a l’intention d’avoir un très gros impact à Montréal et au Québec. Ce qu’il y a de plus important, c’est que Karine Moses, une femme d’affaires exceptionnelle, est en place [comme présidente de Bell pour le Québec] et que le PDG a le Québec à cœur. »

Au Québec, Mirko Bibic a trois priorités pour Bell. D’abord, compléter le réseau de fibre optique, un projet de 900 millions de dollars. Ensuite, conclure l’acquisition de la chaîne de télé généraliste V (le CRTC rendra sa décision sur cette transaction ce printemps). Et finalement, « promouvoir l’expérience client » – autrement dit, améliorer le service à la clientèle.

Pour concurrencer les autres fournisseurs, il faut avoir les meilleurs réseaux. Deuxièmement, il faut de la concurrence au niveau du contenu. Et troisièmement, c’est l’expérience client.

Mirko Bibic

C’est avec ce triple plan de match que Bell veut hausser ses parts de marché au Québec, notamment face à Québecor, son principal rival en matière de médias et de télécoms au Québec.

Les réseaux, le nerf de la guerre

Quelle sera la priorité de Mirko Bibic comme grand patron de Bell ? « Ce sont les réseaux », répond-il sans hésiter.

La qualité des réseaux de télécoms est un sujet abstrait qui ne fait pas la manchette comme un conflit commercial Québecor-Bell sur le signal de TVA Sports durant les séries éliminatoires de la Ligue nationale de hockey, par exemple. Mais la qualité des réseaux sera néanmoins le nerf de la guerre en télécoms au cours des prochaines années.

« On est au tout début d’une nouvelle ère de communications au pays avec l’intelligence artificielle, l’internet des objets, la ville intelligente, la maison intelligente, le 5G, dit Mirko Bibic. Ça va propulser toute l’économie canadienne moderne. Les réseaux de communications sont au centre de tout ça. »

À l’aube de ces changements technologiques, le nouveau grand patron promet que Bell restera concentrée sur la qualité de ses réseaux. « Bell a toujours été au [meilleur] de ses habiletés quand on investit dans nos réseaux, dit M. Bibic. Quelques fois, quand on met l’accent ailleurs, ça va moins bien. On a transformé la compagnie il y a 10-12 ans pour remettre l’accent sur nos réseaux. Ça, ça va continuer. »

Bell a déjà déployé la fibre optique sur environ 50 % de son territoire au Canada.

Il nous reste presque 50 % à faire, ça crée beaucoup d’occasions. On a les meilleurs réseaux sans fil 4G/LTE au pays. On est au tout début des réseaux 5G, il y a ce travail-là à faire.

Mirko Bibic

Parlons-en, des réseaux sans fil 5G, cette cinquième génération de réseaux en téléphonie mobile qui doit changer nos vies avec l’internet des objets, la télémédecine et les voitures autonomes.

Les premiers téléphones 5G doivent arriver au Canada durant la première moitié de l’année 2020. Mais la vraie partie se jouera plutôt en 2021. Car à l’automne, Ottawa fera des enchères pour vendre du spectre sans fil qui sera crucial pour le 5G. Les véritables réseaux 5G feront donc leur apparition au Canada en 2021.

« Pour avoir du vrai 5G, il faut le spectre, dit Mirko Bibic. Tout le monde va dévoiler des nouveaux appareils 5G dans quelques mois, mais ce sera un “début de 5G” (“early 5G”), car les vitesses vont être plus basses que les vitesses actuelles sur notre réseau 4G. Tout le monde va dire que c’est du 5G, mais c’est du “début de 5G”. Le vrai 5G va venir l’année prochaine [en 2021] au Canada. »

« Plus de travail à faire » au service à la clientèle

Mirko Bibic compte aussi renforcer la qualité du service à la clientèle chez Bell.

« On a vraiment amélioré le service à la clientèle [au cours des dernières années], mais j’avoue qu’il y a plus de travail à faire, comme tout autre fournisseur dans l’industrie […]. Il faut toujours s’améliorer, dit-il. Nous allons faire en sorte que c’est plus facile de faire affaire avec Bell. »

Mirko Bibic se dit « très conscient » que le service à la clientèle est « super important » en télécom. « C’est pour ça qu’on va renforcer tous les jours que la culture [chez Bell], c’est de rendre la vie plus facile pour notre clientèle. Chaque engagement avec Bell doit être simple, positif et enrichissant », dit-il.

Qui est Mirko Bibic ?

Nommé en juin dernier, il a commencé lundi son mandat comme président et chef de la direction de Bell ;
Depuis octobre 2018, il occupait le poste de numéro deux (chef de l’exploitation) chez Bell ;
Il travaille chez Bell depuis 2004. Avocat de formation, il a été responsable des affaires réglementaires et avocat en chef de Bell ;
Avant de travailler chez Bell, il était associé directeur du bureau d’Ottawa de la firme d’avocats Stikeman Elliott ;
Né à Montréal, il a grandi à Longueuil et a fait son premier bac en commerce à McGill. Il a ensuite étudié le droit à l’Université de Toronto.

Mirko Bibic sur...

La rivalité avec Québecor

« Québecor est un concurrent important, mais c’est aussi un fournisseur important, et nous sommes aussi un fournisseur important pour eux, dit Mirko Bibic. On se doit d’arriver à s’entendre et à négocier de bonne foi. J’ai toujours l’intention de négocier avec tout le monde de bonne foi. Si l’autre partie a le même esprit, on va y arriver. Sinon, il y a toujours le CRTC, j’imagine… ou les tribunaux, mais ce n’est pas mon premier, ni mon deuxième ni mon troisième choix. »

TVA Sports

En décembre dernier, le CRTC a tranché en faveur de Québecor dans un arbitrage : Bell doit intégrer TVA Sports à son forfait télé le plus populaire (le forfait Bon) au même titre que RDS, la chaîne sportive de Bell Média. Ou sinon, Bell doit modifier son forfait télé pour ne pas accorder de « préférence indue » à RDS. Bell doit prendre une décision d’ici le 5 février. « Je ne suis pas d’accord avec la décision [du CRTC], dit Mirko Bibic. Au fond, les deux services [RDS et TVA Sports] ne sont pas comparables. On analyse le dossier. »

Huawei et le 5G

Le gouvernement fédéral doit-il permettre à l’entreprise chinoise de télécoms Huawei de participer au réseau 5G au Canada ? Ou doit-on exclure Huawei au nom de la sécurité nationale ? Bell aimerait que Huawei puisse participer au 5G, et aussi qu’Ottawa rende sa décision en 2020. « Idéalement, on aurait l’option d’utiliser Huawei, mais je suis bien conscient qu’il y a d’autres aspects qu’Ottawa doit considérer. Je crois qu’il est possible de gérer les considérations de sécurité en utilisant les équipements [de Huawei] en périphérie [dans les tours des réseaux 5G], et non dans le cœur du réseau où passe toute l’intelligence du réseau. »

Le prix des forfaits sans fil

Les libéraux de Justin Trudeau ont promis que les prix des forfaits sans fil allaient diminuer de 25 % en deux ans. « Les prix [des forfaits] sont en baisse continue », dit Mirko Bibic, citant un rapport du CRTC qui a conclu à une baisse des prix de 35 % entre 2017 et 2018. « Qu’est-ce qu’on cherche comme politiques publiques ? Est-ce qu’on veut avoir des réseaux de meilleure qualité, la couverture la plus vaste possible et des prix abordables ? Ou on veut les prix les plus bas au monde ? Si on choisit la deuxième option, on n’aura pas de qualité de couverture, et c’est l’économie canadienne qui va en souffrir », dit M. Bibic.

L’acquisition de la chaîne de télé V 

« J’aimerais amener plus de choix et de concurrence [en télé francophone], investir dans de nouvelles émissions – ce qui va être bon pour les producteurs québécois indépendants –, et investir dans les nouvelles dans plusieurs marchés, dit Mirko Bibic. La télé généraliste demeure importante au Québec. Les nouvelles, c’est important et c’est un secteur dominé par deux joueurs [en télé, soit Québecor et Radio-Canada]. Il est temps qu’on apporte de la diversité des voix, et on a les ressources pour le faire. Ce serait très très bon pour le Québec qu’on puisse le faire. »

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