(New York) Les autorités américaines font monter la pression sur Google : une vaste coalition d’États a engagé jeudi des poursuites pour pratiques anticoncurrentielles contre le géant de l’internet, qui fait déjà face à deux autres plaintes pour des motifs similaires.

Juliette MICHEL
Agence France-Presse

Selon la dernière procédure, Google utilise la position dominante de son moteur de recherche, et les données personnelles qu’il a déjà collectées, pour asseoir son emprise sur l’internet, freiner l’arrivée de concurrents et ainsi limiter les choix des consommateurs et des annonceurs et l’innovation.

La plainte déposée jeudi par les procureurs de 38 États et territoires américains va plus loin que celle du ministère de la Justice (DoJ), qui a accusé en octobre le groupe de maintenir un « monopole illégal » sur la recherche en ligne et la publicité, assure un communiqué.  

Selon ces procureurs démocrates et républicains, Google « multiplie les efforts » pour maintenir son monopole.

Fondée en 1998 dans la Silicon Valley, la société a étendu son influence sur de nombreux aspects de nos vies numériques, sur les ordinateurs ou les téléphones. Ses services sont devenus omniprésents dans le quotidien de nombreux internautes, quand ils font une recherche sur le web, cherchent leur chemin avec Google Maps ou échangent des courriels avec Gmail.  

Pour Google, la plainte n’est pas fondée.  

Le moteur de recherche « est conçu pour fournir les résultats les plus pertinents », y compris en proposant des liens directs avec les commerçants ou les compagnies aériennes par exemple, assure le groupe sur son blogue. Si les internautes ne sont pas satisfaits, ils ont « de nombreuses alternatives, notamment Amazon, Expedia, Tripadvisor et bien d’autres à portée de clic ».

« Il est important que les grandes entreprises soient contrôlées », mais les modifications exigées par la plainte « priveraient les Américains d’informations utiles et nuiraient à la capacité des entreprises à se connecter directement avec les clients », affirme Google.

Pour l’organisation CCIA, qui représente des entreprises du secteur, les changements apportés au fil des ans par Google à son moteur de recherche « ont amélioré l’expérience des consommateurs. C’est exactement ce à quoi sert la compétition. »

Assaut simultané

Pour les procureurs généraux, non seulement Google a conclu des contrats exclusifs pour empêcher de potentiels concurrents de développer leur propre moteur de recherche, mais il emploie les mêmes tactiques sur les nouveaux outils utilisés par les consommateurs, les enceintes intelligentes, les télévisions ou les voitures par exemple.  

Le groupe utilise par ailleurs son moteur de recherche publicitaire Search Ads 360 pour asseoir sa domination sur le secteur en empêchant d’autres moteurs concurrents de communiquer avec le sien.

Google, dénonce encore la plainte, empêche les consommateurs d’accéder aux informations proposées par d’autres fournisseurs de renseignements sur certains segments commerciaux lucratifs, tels que les voyages, la rénovation et les divertissements.

Plusieurs plateformes numériques, parmi lesquelles Amazon, TripAdvisor ou Yelp, se plaignent régulièrement que Google favorise ses propres offres dans les résultats de recherche.

Yelp s’est félicité jeudi de la nouvelle plainte, espérant y voir « le début d’un retour à un internet plus vivant et plus ouvert ».  

Les procureurs réclament à la justice de restaurer un marché concurrentiel et de revenir sur tout avantage que Google aurait pu gagner grâce à ses pratiques anticoncurrentielles, y compris en forçant le groupe à se séparer de certains actifs.

Mercredi, dix États, emmenés par le Texas, ont aussi accusé le groupe dirigé par Sundar Pichai de pratiques anticoncurrentielles dans la gestion des publicités, y compris en nouant un accord avec Facebook.

Pour le procureur général du Nebraska, Doug Peterson, l’assaut simultané des autorités contre Google est « vraiment historique » et représente la plus importante coalition dans une affaire antitrust depuis celle lancée dans les années 1990 contre Microsoft.

Pour gagner devant les tribunaux, les autorités devront toutefois montrer que le groupe californien a nui aux consommateurs, alors que ses outils – courriel, cartes, services de réservations – sont en général gratuits.  

Un tel angle d’attaque est compliqué, ont reconnu plusieurs procureurs généraux jeudi lors d’une conférence vidéo présentant la plainte.

« Les responsables politiques, au Congrès en particulier, devraient réfléchir à des lois allant au-delà des pratiques anticoncurrentielles », a souligné le procureur général de l’Iowa, Tom Miller.