« On craint cette décision-là. Disons que ça serait une douche froide », lance sans détour Isabelle Prévost, copropriétaire de la Librairie Fleury, à propos de l’annonce – prévue ce mardi par le gouvernement – concernant le resserrement des restrictions qui pourrait entraîner la fermeture des commerces non essentiels. Et pour cause, la moitié des PME québécoises ont peur de ne pas survivre à un deuxième confinement, selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI).

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

« Ce qui nous ennuie, c’est ce qui peut se passer avec les distributeurs, poursuit Mme Prévost. On a beaucoup de personnes qui attendent leurs commandes de Noël. On est censé recevoir nos boîtes dans quelques jours et là, si tout est fermé, on ne recevra rien du tout. Il va falloir passer à un plan B : faire beaucoup de service-conseil pour nos clients qui n’auront pas leurs livres pour leur proposer autre chose qu’on a en librairie. Et tout ça, à quelques jours des Fêtes. »

Épargnés depuis leur réouverture au printemps, les commerces non essentiels devront fermer leurs portes pendant les Fêtes, selon ce qu’a laissé entendre le premier ministre François Legault, lundi.

Il y a encore 70 % des PME au Québec qui sont en dessous de leurs revenus normaux. Au niveau canadien, ce sont 37 % seulement des commerces de détail qui ont retrouvé leur niveau de ventes normales.

François Vincent, vice-président Québec de la FCEI, qui est inquiet de la décision à venir

Selon lui, avec cette deuxième fermeture, certains commerces y laisseront leur peau. « Chaque restriction qu’on ajoute, c’est une barrière de plus pour les entreprises d’être capables de se rendre à l’année prochaine, soutient-il. Et quand on commence un confinement, parlez-en aux restaurateurs, on sait [quand] ça commence, mais on ne connaît pas la date où ça finit. »

Mieux préparés

Bien qu’ils affirment que les ventes en ligne ne compensent pas celles générées en magasin, plusieurs propriétaires de magasins semblent mieux outillés pour affronter cette nouvelle restriction. « On l’a senti lors de la première vague quand il y a eu la fermeture des commerces, il y en a beaucoup qui s’étaient pris en main. Ils ont raffiné leur approche depuis ce temps-là », observe Alain Dumas, directeur général du Panier bleu, une plateforme numérique qui répertorie les marchands québécois.

« On est prêtes. Notre site web est à jour. Cette semaine, on fait l’inventaire, affirme Carine Châtelais, copropriétaire de l’atelier-boutique Maillagogo, dans le quartier Villeray à Montréal. Le premier confinement a fait en sorte qu’on a encore plus mis l’accent sur notre site internet. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Carine Châtelais, copropriétaire de l’atelier-boutique Maillagogo

Elle souligne néanmoins que le volume de ventes de vêtements et d’accessoires enregistré sur le site n’atteint jamais celui généré en boutique. Ce qui n’empêchera pas Mme Châtelais de faire tous les efforts nécessaires pour affronter ce confinement. « Je suis prête à aller faire ma livraison directement chez les clients, comme je l’ai fait la première fois qu’on a fermé. »

Même son de cloche dans Ahuntsic, du côté de la Librairie Fleury, où Mme Prévost raconte être allée jusqu’à Laval pour apporter des livres chez des clients.

Cueillette en magasin

Par ailleurs, la FCEI et le Panier bleu souhaitent que le gouvernement permette aux clients qui commandent en ligne de faire leur cueillette en magasin. Au printemps, il était impossible d’aller chercher son sac d’achats en boutique pendant le confinement.

« Cette semaine [sur la plateforme], on va commencer à favoriser la cueillette en magasin de commandes internet, souligne Alain Dumas. Sentant le fait qu’il pourrait y avoir un confinement plus serré, on va essayer de favoriser la sélection de commerces de proximité qui offrent du commerce électronique, de telle façon que même si les commerces étaient fermés, un peu comme les restaurateurs, on favoriserait le [pour emporter]. »

De son côté, l’Allied Beauty Association (ABA), qui regroupe près de 35 000 établissements de coiffure, d’esthétique et de massothérapie dans tout le Canada, dont 8700 au Québec, demande aux gouvernements des différentes provinces de pouvoir demeurer ouverts. « L’industrie des soins personnels […] a su, dès le début de la pandémie, mettre en place des mesures d’hygiène et de distanciation pour protéger adéquatement ses clients et ses professionnels », a fait savoir l’ABA, dans un communiqué, lundi.

Encourager les commerces locaux

Lueur d’espoir pour les petits commerçants : près de 83 % des Canadiens sont préoccupés par le sort des petits détaillants et « 62 % ont indiqué qu’ils veilleraient dans la mesure du possible à acheter leurs cadeaux des Fêtes dans des magasins locaux, tandis que 29 % projettent l’achat de cartes-cadeaux », selon un sondage effectué par Deloitte Canada.