Il est difficile de trouver une mission et une clientèle plus inquiétées par la pandémie.

Marc Tison Marc Tison
La Presse

Le centre Axion 50 plus offre des activités physiques et sociales de groupes aux personnes de 50 ans et plus.

« Notre mission est de briser l’isolement », indique Sonia Quéry, directrice de l’OBNL de Laval.

L’objectif est ardu, en période de confinement, pour une population qui a toutes les raisons de craindre la contagion. La moyenne d’âge des 3000 membres actifs est de 69 ans.

Axion 50 plus occupe un espace de 60 000 pi2 sur deux étages, avec gymnase et salles de cours.

Il emploie neuf personnes, auxquelles s’ajoutent habituellement 45 formateurs rémunérés et 125 bénévoles.

En temps normal, « on a plus de 85 plages de cours par saison », informe la directrice.

Révolution technologique

Le confinement généralisé de la mi-mars a forcé le centre à la fermeture, annulant du même coup la session du printemps.

« J’ai dû faire un remboursement à 2500 personnes, relate Sonia Quéry. J’ai eu des bénévoles qui sont venus m’aider. Sinon, je serais encore là-dedans ! »

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Sonia Quéry, directrice du centre Axion 50 plus

À l’approche de l’été, elle a rappelé peu à peu ses employés.

À l’aide d’une subvention du programme Nouveaux horizons pour les aînés, le centre a profité de la belle saison pour équiper une dizaine de salles en caméras, micros sans fil, ordinateurs et écrans moniteurs.

L’automne venu, il pourrait ainsi offrir des cours aux participants sur place et simultanément en visioconférence à ceux qui craindraient la contagion.

« J’ai fait venir une compagnie spécialisée dans l’image et le son pour aider à faire le montage, parce qu’on ne connaissait rien là-dedans », relate Sonia Quéry.

De surcroît, il fallait former les formateurs.

« Ils sont venus par groupes de huit, environ. On a fait un horaire pour former nos gens sur la nouvelle technologie, comment partir la session Zoom, quoi toucher et quoi ne pas toucher. »

Surtout quoi ne pas toucher. « C’est tout un défi ! »

Les consoles de son, qui contrôlaient les micros sans fil et les haut-parleurs, étaient particulièrement généreuses en commandes et curseurs.

« Quand ils sentaient que les participants n’entendaient pas, ils jouaient avec tous les boutons. À ne pas faire ! »

En ligne plutôt qu’en file

En prévision de la deuxième vague et pour éviter les files d’attente compactes, le centre a décidé que l’inscription à la session d’automne ne se ferait qu’en ligne.

« Ce n’était pas dans nos habitudes, et ç’a été un peu difficile pour certains membres. »

Euphémisme.

« Mes clients ont entre 50 et 90 ans, informe Sonia Quéry. Il y en a qui se sont adaptés aux technologies, d’autres qui ont dit : moi, je n’embarquerai jamais là-dedans. »

Les bénévoles sont venus à leur rescousse, en dépit de leurs propres craintes de la technologie et de la contagion : « Ils ont une moyenne de 70 ans ! », précise la directrice.

« J’avais six bénévoles au téléphone pour répondre aux appels pour aider les gens. Et ils répondaient aussi aux exceptions qui venaient au centre avec leur iPad pour se faire aider. »

L’une de ces bénévoles, elle-même âgée de 77 ans, a calmé les angoisses technologiques et guidé les pas numériques de ses interlocuteurs décontenancés.

Tout ça au téléphone.

« À 77 ans ! Elle était là du lundi au vendredi, de 9 h à 16 h. Elle n’a jamais cessé. »

Les courts cours

Obstacle suivant : les cours.

« Il faut toujours prévoir ce qui va se passer, comment les gens vont réagir, énonce Sonia Quéry. J’avais fait un horaire d’employé dans chacune des salles, à chaque début de cours. On s’assurait qu’on aidait les gens. J’avais des bénévoles au téléphone. »

Mais les activités avaient à peine repris que le centre se confinait à nouveau.

« Le 8 octobre, tout a tombé. On a ajusté notre offre. On a offert pendant trois semaines des cours gratuits sur Zoom, en pensant que le 28 octobre, on reviendrait peut-être. »

Espoir déçu.

Depuis lors, le centre n’est ouvert qu’aux formateurs, qui viennent donner leur cours en visioconférence. Une vingtaine ont été offerts cet automne. « On a installé des moniteurs télé de 60 po devant eux pour qu’ils voient bien leur clientèle. C’est beaucoup plus facile qu’avec un petit portable. »

Un arbre de Noël

Notre entretien se tient lui aussi en visioconférence. Sonia Quéry est à la maison en télétravail. Derrière elle se dresse un sapin joliment décoré, dont on lui fait le compliment.

« Je me suis forcée, répond-elle avec un léger rire. Pour mes petits-enfants. »

Un deuil, glisse-t-elle avec pudeur. Celui de son mari, mort cet automne d’une maladie fulgurante qui l’a enlevé en quelques semaines.

« J’ai tellement une équipe extraordinaire chez Axion, ajoute-t-elle simplement. Ils ont pris la relève, ils m’ont dit : ne t’inquiète pas, on s’occupe de tout, on prépare la session d’hiver pendant que tu vas être partie. »

En ce début de décembre, la session d’automne tire à sa fin. Celle d’hiver ne reprendra qu’avec Zoom, elle aussi.

Dans son esprit, les bouleversements que le centre a traversés équivalaient à lancer une nouvelle offre de service, « sans avoir d’employés additionnels, et avec moins de bénévoles que d’habitude ».

Ce fut difficile, reconnaît-elle, mais ses employés ont relevé le défi avec détermination.

« Il faut vouloir. Mais on le faisait pour les bonnes raisons aussi. Je pense que les membres apprécient énormément ce qu’on fait pour eux. On nous envoie des courriels qui nous remercient. »

Axion 50 plus est un des plus grands centres de loisirs pour aînés au Québec, souligne sa directrice. « Je n’ai pas les 3000 participants que j’avais, mais j’aide au moins 500 personnes à se divertir, à vivre leur passion, à se tenir en forme, à exercer leur loisir préféré.

« Et s’il y a juste une dizaine de personnes qu’on aide et dont on réussit à briser l’isolement, à les faire se sentir bien pendant cette période de pandémie, je pense que ça vaut la peine. »

Passez d’aussi belles Fêtes que possible, Madame Quéry.

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