Depuis le début de la pandémie, près de 10 000 restaurants ont cessé définitivement de servir des clients au pays, alors que plus de la moitié des établissements encore ouverts ne passeront pas à travers les six prochains mois, selon les estimations de Restaurants Canada. Or, malgré un désir pressant d’ouvrir leur salle à manger, des propriétaires d’établissement accueillent plutôt favorablement la possibilité que le Québec puisse se retrouver sur pause pendant les Fêtes.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

« Mettre sur pause, ça veut dire une réouverture plus rapide », lance spontanément Pierre-Marc Tremblay, propriétaire et président du conseil d’administration des restaurants Pacini. « Alors que tous mes restaurants sont fermés, mettre le Québec sur pause, ça peut être extrêmement positif. On fait déjà des commandes pour emporter. Mais ce que je souhaite, c’est que ça reparte le plus vite possible », ajoute le propriétaire, qui a dû mettre fin définitivement aux activités de six de ses établissements depuis le début de la pandémie, dont deux au centre-ville de Montréal. Pacini compte donc maintenant 24 établissements, et M. Tremblay se croit en mesure de tous les rouvrir une fois la crise terminée.

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Pierre-Marc Tremblay, propriétaire et président du conseil d’administration des restaurants Pacini

Rappelons qu’en début de semaine, des experts, principalement issus du milieu de la santé, ont demandé au premier ministre d’ordonner un confinement semblable à celui du printemps dernier. François Legault a déclaré mardi ne pas exclure cette possibilité.

François Meunier, vice-président aux affaires corporatives et gouvernementales de l’Association Restauration Québec (ARQ), ne s’oppose pas non plus à l’idée « si ça peut régler la crise au plus vite ». Les commandes pour emporter doivent toutefois demeurer un service essentiel, soutient-il.

« Les décisions qu’il faut [que le premier ministre] prenne, c’est pour qu’on puisse rouvrir le plus rapidement possible », ajoute pour sa part Benjamin Chèvrefils, vice-président du Groupe ZIBO ! (restaurants ZIBO ! et Vertigo). « Si le fait de mettre tout le monde sur pause fait en sorte qu’on puisse rouvrir le plus tôt possible après les Fêtes, selon moi, c’est la décision à prendre. » Les 10 établissements du Groupe sont tous situés en zone rouge.

Bien qu’il se prononce favorablement à propos d’un possible confinement, il remet tout de même en question la décision prise plus tôt cet automne de fermer les établissements pour limiter les risques liés à la COVID-19. « Est-ce que les restaurants sont plus propices à la propagation qu’un autre commerce ?, se demande M. Chèvrefils. J’en doute fort. En zone rouge, ils sont fermés, les cas continuent d’augmenter. Les gens, clairement, trouvent un autre moyen de se rassembler et de se divertir. »

En point de presse mardi, Restaurants Canada s’est également dit en faveur de la réouverture des salles à manger. Si jamais le Québec est mis sur pause, on souhaite au minimum le maintien des livraisons et du service à l’auto. « Nous, on veut que ça rouvre le plus rapidement possible », a affirmé le vice-président affaires fédérales et Québec de Restaurants Canada, David Lefebvre. « On comprend qu’il y a des restrictions qui vont demeurer tant qu’il n’y aura pas de vaccination massive. On se demande pourquoi le secteur de la restauration est fermé au complet. On est prêts à travailler demain matin à des protocoles de réouverture, en tout respect des exigences de la Santé publique. »

Maintenir les programmes d’aide

D’ici à ce que la situation revienne à la normale, Restaurants Canada et l’ARQ demandent le maintien des programmes d’aide gouvernementale. David Lefebvre a tenu à rappeler que 65 % des restaurateurs fonctionnaient à perte et ne s’attendaient pas à renouer avec les profits d’ici au moins un an.

« Nous avons envoyé une lettre au premier ministre Justin Trudeau pour mentionner notre intérêt pour un groupe de travail national, a-t-il dit. Nous voulons créer un forum de consultation unissant les leaders de l’industrie et les décideurs publics afin de gérer la relance dans notre secteur. »

« À chaque jour qui passe, on fragilise les entreprises, ajoute François Meunier. Il y a beaucoup de restaurants qui continuent à survivre grâce à l’aide des programmes gouvernementaux. » Au Québec, ce sont plusieurs milliers d’établissements qui ne survivront pas à la crise et près de 6 milliards en ventes qui ont été perdus, estime l’ARQ.

Pour inciter les gens à encourager les restaurateurs en commandant des repas pour emporter, Restaurants Canada a lancé une vaste campagne vidéo afin de faire comprendre à la population les réalités de l’industrie.