Comme tous les aéroports au pays, celui de Québec souffre en raison de la pandémie. Il n’a toutefois pas pour autant mis une croix sur ses projets de développement et espère convaincre Québec et Ottawa de lui confier rapidement 35 millions pour deux importants pans de son projet de relance.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

La pandémie a privé l’aéroport Jean-Lesage d’environ 90 % de ses passagers depuis le mois de mars et devrait entraîner des pertes opérationnelles d’environ 35 millions cette année et 100 millions sur cinq ans, calcule son président et chef de la direction, Stéphane Poirier.

À moyen terme, l’objectif de faire croître l’aéroport, et en particulier le nombre de dessertes, demeure, assure M. Poirier, qui a présenté mercredi un plan en cinq projets à cet égard.

Deux de ces projets sont prêts et ont besoin de financement à court terme, a-t-il annoncé. Le premier est la création d’une zone dédiée au transport de marchandises.

« Il y en a qui se fait actuellement, mais c’est dans des entrepôts faits pour autre chose », explique-t-il.

Les coûts du projet sont estimés à environ 25 millions. L’aéroport de Québec traite actuellement à peine 1 % des chargements transportés par avion au Québec. L’immense majorité, 96 %, transite par l’un ou l’autre des deux grands aéroports montréalais.

M. Poirier aimerait voir Ottawa, par l’entremise du Fonds national des corridors commerciaux, fournir la moitié de cette somme. Ce fonds a notamment déjà investi 50 millions pour les capacités cargo à l’aéroport de Mirabel.

Il y a de l’écoute, mais pas beaucoup d’action. On me dit qu’on répond aux critères, mais ça n’avance pas. Je commence à être inquiet, parce qu’on attend depuis mai.

Stéphane Poirier, président et chef de la direction de l’aéroport de Québec

L’autre moitié de la somme proviendrait essentiellement du gouvernement provincial. Là, M. Poirier semble convaincu de pouvoir obtenir rapidement une réponse positive.

Nouveau parc industriel

L’autre demande, chiffrée à 10 millions, concerne la création d’un nouveau parc industriel, appelé « parc aéroportuaire », sur des terrains actuellement inutilisés à proximité des pistes. La somme servirait à installer les services (eau, électricité, etc.) sur une première portion des terrains.

M. Poirier entend à nouveau solliciter les deux ordres de gouvernement à cet effet. Les ressources financières de l’aéroport doivent être consacrées à la « traversée du désert » qui s’amorce.

Dans sa stratégie, l’aéroport fait un lien entre ces deux projets et le développement du transport régional. La présence d’un parc industriel à proximité serait de nature à stimuler les volumes de cargo, calcule-t-on, ce qui pourrait consolider, d’un point de vue économique, les lignes régionales. Le transport de marchandises peut, d’un point de vue économique, « remplacer trois ou quatre passagers » dans un vol régional, note M. Poirier.

Douanes américaines

Quant au projet de bâtir un centre de prédédouanement qui permettrait de franchir les douanes américaines avant de monter dans l’avion pour un vol à destination des États-Unis, il devra attendre, convient M. Poirier.

La construction des installations est estimée à 75 millions. Mais plus difficile encore, les autorités américaines ont déjà indiqué que si Québec veut d’un tel centre, elle devra assumer elle-même les salaires des douaniers, estimés à 10 millions annuellement. Aucun autre aéroport canadien ne le fait.

Avant la pandémie, on avait environ 300 passagers par jour qui allaient directement aux États-Unis. Pour couvrir ces frais de 10 millions [pour payer les douaniers], on estime qu’on en aurait besoin de 1000.

Stéphane Poirier

La barre est haute, mais pas inatteignable, estime M. Poirier. De nombreux autres passagers – il refuse d’en dévoiler le nombre – passent par Toronto ou Montréal pour aller aux États-Unis, entre autres parce qu’ils sont loyaux à un transporteur et son programme de fidélité.

L’arrivée de l’A220 d’Airbus chez Air Canada est porteuse, estime-t-il.

« C’est un avion parfait pour une ville de la taille de Québec. Nous sommes en discussions constantes avec Air Canada et tous ceux qui vont avoir des A220. »