C’est officiel. Les petites, moyennes et grandes serres pourront bénéficier d’un tarif préférentiel d’hydroélectricité pour éclairer et chauffer leur production. Dans une décision rendue mardi, la Régie de l’énergie a donné son aval à cette mesure visant à accroître l’autonomie alimentaire du Québec.

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

Les producteurs de fruits et légumes, mais aussi ceux de plantes ornementales et de cannabis, pourront avoir droit au prix avantageux de 5,59 cents le kilowattheure (kWh). La Régie est toutefois d’avis que l’admissibilité des producteurs de cannabis devra être revue en 2025, car Hydro-Québec évalue que les surplus d’électricité pour les besoins du Québec seront épuisés en 2027.

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Pour le moment, les producteurs de cannabis en serre auront droit au tarif préférentiel, mais cela pourrait changer « lorsque la fin des surplus énergétiques sera imminente », nuance la Régie, qui garde les yeux sur « l’objectif prioritaire recherché, soit l’autonomie alimentaire ».

« La Régie considère que la nécessité d’offrir un nouveau tarif compétitif se justifie aisément pour la production en serre de fruits et légumes, mais pas nécessairement pour la production de cannabis, considérant que la situation compétitive de la production de fruits et légumes et celle du cannabis ne sont pas du tout comparables », peut-on lire dans la décision de 61 pages du tribunal administratif rendue mardi après-midi.

« Lorsque la fin des surplus énergétiques sera imminente, un resserrement du domaine d’application devra s’imposer afin de minimiser l’impact négatif d’une hausse tarifaire pour l’ensemble de la clientèle, sans en affecter l’objectif prioritaire recherché, soit l’autonomie alimentaire », écrivent les trois régisseurs qui se sont penchés sur le dossier.

900 producteurs

Pour se qualifier, les entreprises devront avoir un appel de puissance d’au moins 50 kilowatts. Le taux préférentiel s’appliquera au chauffage des serres, mais aussi à l’éclairage de photosynthèse, la lumière artificielle utilisée pour faire croître les plantes.

Le Québec compte 900 producteurs en serre. Le tarif préférentiel de 5,59 cents le kilowattheure était déjà offert pour l’éclairage des serres qui consomment plus de 300 kWh. Jusqu’ici, seulement une quinzaine d’entreprises se qualifiaient pour ce tarif.

Selon la Régie de l’énergie, 156 entreprises serricoles produisent à la fois des légumes, des plantes et des fleurs.

« Les producteurs de plantes et de fleurs produisent, dans une large part, des plantes potagères retrouvées dans les jardins des Québécois, contribuant à l’autonomie alimentaire. Ainsi, puisqu’ils contribuent à l’autonomie alimentaire, la Régie juge que l’exclusion des producteurs de plantes ornementales n’est pas souhaitable », poursuit la décision.

Doubler la culture en serre d’ici cinq ans

L’aval de la Régie de l’énergie est une très bonne nouvelle pour le gouvernement Legault, qui souhaite doubler le volume des aliments produits en serre au Québec d’ici cinq ans. Vendredi, le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, André Lamontagne, a d’ailleurs déposé un plan de 91 millions pour y parvenir.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Le Québec compte 900 producteurs en serre. Le tarif préférentiel de 5,59 cents le kilowattheure était déjà offert pour l’éclairage des serres qui consomment plus de 300 kWh. Jusqu’ici, seulement une quinzaine d’entreprises se qualifiaient pour ce tarif.

Les producteurs se réjouissent aussi de cette annonce. « On est très, très heureux et on va leur prouver qu’ils avaient raison de dire oui et que ça va créer de la richesse et de l’emploi et que ça va permettre de réduire les gaz à effet de serre dans notre secteur », a déclaré André Mousseau, président des Producteurs en serre du Québec.

Ce dernier affirme qu’à l’heure actuelle, plus de 50 % des producteurs chauffent à l’huile ou au propane.

Hydro-Québec évalue que cette nouvelle option tarifaire pourrait faire bondir les ventes annuelles d’électricité dans le secteur serricole d’environ 250 à 450 gigawattheures (GWh) d’ici 10 ans.

« Celle-ci aura aussi un impact environnemental considérable, car elle permettra d’éviter 48 000 tonnes d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, soit l’équivalent du retrait de 14 000 véhicules des routes du Québec », a précisé la société d’État dans un communiqué.