En pleine pandémie, 15 pays de la partie est du monde ont réussi à conclure huit années de négociations par une entente de libre-échange. C’est un tour de force qui pourrait changer complètement le portrait du commerce mondial.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Le Partenariat régional économique global (PREG), comme on le nomme en français, n’est pas seulement un accord commercial de plus. Il est surtout le premier accord commercial multilatéral conclu par la Chine. Si le géant chinois est sans conteste le leader du groupe, il a au moins accepté l’idée que des compromis de sa part étaient nécessaires dans ce genre d’accord.

Le groupe des 15 réunit les trois plus importantes puissances économiques de l’Asie : la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Il inclut aussi des pays comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande, qui sont également membres de l’OCDE, le club sélect des pays les mieux nantis.

Ensemble, les pays signataires de l’accord fabriquent la moitié des biens consommés sur la planète et 70 % des produits électroniques utilisés dans le monde. À côté, l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) apparaît bien insignifiant, même s’il a de plus grandes ambitions.

Le PTPGP, conçu pour faire contrepoids à l’influence grandissante de la Chine, devait être plus qu’un traité commercial. Il se targuait de compter pour la moitié de l’économie mondiale et voulait étendre sa portée au-delà du commerce de marchandises, à l’environnement et au droit du travail, par exemple.

Ça s’est dégonflé d’un coup après l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Une des premières décisions du nouveau président a été de se retirer des négociations de cet accord, dont une version diminuée a fini par être signée par 11 pays en 2018, dont le Canada.

Il y a eu Trump, qui a remis les guerres tarifaires au goût du jour, et le Brexit, par lequel le Royaume-Uni a voulu se replier sur son île, et finalement la pandémie, qui a conduit beaucoup de pays à remettre en question 50 ans de mondialisation.

Le résultat, c’est que le paquebot du commerce international prend l’eau. L’Organisation mondiale du commerce en a perdu le gouvernail. Le fait que le PREG soit le premier et le plus important traité de libre-échange à voir le jour dans cette période trouble est significatif.

Des alliés en concurrence

La Chine apparaît bien sûr comme la grande gagnante de ce regroupement, elle qui mène depuis des années une politique d’expansion internationale. Après tout, aucun pays ne signe des ententes de libre-échange s’il pense que son économie en souffrira.

Mais la Chine n’a pas que des amis dans ce nouveau regroupement. Le Japon et l’Australie, notamment, sont des concurrents qui disposent d’autres tribunes pour faire valoir leurs intérêts.

Des retombées économiques considérables sont attendues du nouvel accord, et pas seulement pour ses signataires les mieux nantis. Le Viêtnam, la Thaïlande, les Philippines et le Laos, qui en font partie, pourraient bénéficier des investissements dont ils auront besoin pour traverser la crise économique post-pandémique.

Les États qui se sont enrichis grâce à la mondialisation ne veulent plus jouer à ce jeu et ils tentent de redevenir autosuffisants. À grands coups de tarifs, dans le cas des États-Unis.

Les 15 pays qui viennent de s’entendre pour éliminer des tarifs plutôt que d’en ajouter empruntent l’autre voie. Les nouveaux partenaires ont de bonnes cartes dans leur jeu. Ensemble, ils sont cinq fois plus nombreux que les signataires de l’Accord du partenariat transpacifique global et progressiste. Quant à la Chine, elle vient de gagner une manche dans la course au leadership économique mondial qui l’oppose aux États-Unis.

L’avenir dira si le nouvel accord tiendra ses promesses en matière d’élimination des tarifs et d’augmentation de la richesse dans les pays qu’il regroupe. À plus court terme, il peut avoir l’effet d’un électrochoc salutaire pour l’économie mondiale.

Il pourrait par exemple conduire les États-Unis à réintégrer le bloc que constituent les 11 pays du PTPGP pour faire contrepoids à la Chine. Après tout, le nouveau président américain Joe Biden était le vice-président de l’administration de Barack Obama qui avait lancé le Partenariat transpacifique.

Avec le changement de régime à la Maison-Blanche, beaucoup de choses pourraient se produire. L’appétit pour les échanges multilatéraux pourrait revenir et, qui sait, donner un nouveau souffle à l’OMC.

Le Partenariat régional économique global

(Regional Comprehensive Economic Partnership)

15 pays

– Australie, Brunei, Cambodge, Chine, Corée, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Myanmar (Birmanie), Nouvelle-Zélande, Philippines, Singapour, Thaïlande, Viêtnam
– 2,4 milliards d’habitants
– 30 % de la richesse mondiale
– 50 % de la production manufacturière
– 70 % du secteur électronique

Source : Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (UNCTAD)