(Washington) Janet Yellen, première femme à avoir présidé la Banque centrale américaine, devrait devenir la première femme secrétaire au Trésor des États-Unis en plus de deux siècles, a indiqué lundi à l’AFP une source proche de l’équipe du président élu Joe Biden.

Agence France-Presse

Patronne de la puissante Réserve fédérale entre 2014 et 2018, Mme Yellen, 74 ans, est une économiste renommée et respectée.  

Elle bénéficie du soutien de l’aile gauche du parti démocrate, selon cette même source, confirmant des informations du Wall Street Journal.

L’une des responsables de la Banque centrale américaine, Lael Brainard, 58 ans, était aussi pressentie pour ce poste et même la candidate favorite, avaient indiqué récemment d’autres sources financières proches de Joe Biden.

Seule démocrate parmi les gouverneurs de cette institution, Mme Brainard s’est distinguée en s’opposant à des dérégulations dans le secteur bancaire et en insistant sur la lutte contre le changement climatique.

L’Afro-Américain Roger Ferguson, autre ancien membre de la Fed et patron du fonds de pension TIAA, faisait également partie de la courte liste.

L’ancienne candidate à la présidentielle Elizabeth Warren, porte-étendard de la gauche du parti démocrate, a estimé que Mme Yellen « serait un choix exceptionnel ».

« Elle est intelligente, ferme et a des principes », a-t-elle commenté sur Twitter. « Elle a résisté aux banques de Wall Street, notamment en tenant Wells Fargo pour responsable de la tromperie des familles de travailleurs ».

Si Janet Yellen est confirmée par le Sénat, elle deviendrait la première femme à occuper ce prestigieux poste, le plus important derrière le secrétaire d’État. Elle remplacerait Steven Mnuchin aux commandes du Trésor depuis 2017.

Cette nomination prend un relief d’autant plus particulier que la première économie du monde peine à s’extirper de la crise provoquée par la pandémie de COVID-19.

Avec des millions d’Américains toujours sans travail, des créations d’emplois qui ralentissent après un fort rebond lors de la réouverture des entreprises en mai, juin et juillet et des PME faisant face à des problèmes de trésorerie, l’administration Biden aura fort à faire.  

Les économistes de la banque JPMorgan ont même estimé récemment qu’ils s’attendaient à ce que l’économie américaine se contracte légèrement au premier trimestre de 2021 en raison d’une résurgence de la pandémie.  

Diplômée des universités de Brown et de Yale, Janet Yellen, ancienne conseillère économique du président démocrate Bill Clinton de 1997 à 1999, avait dû céder sa place à la tête de la puissante institution financière à Jerome Powell, préféré par Donald Trump.

Son mandat de quatre ans à la tête de la Fed avait été marqué par une amélioration du marché de l’emploi et des taux d’intérêt historiquement bas.

En sélectionnant Janet Yellen, Joe Biden a aussi choisi une économiste progressiste, spécialiste du chômage et engagée sur le changement climatique.

Selon la presse citant des proches de Joe Biden, elle est considérée « comme une autorité crédible sur les dangers du retrait prématuré des mesures de relance du gouvernement » et comme quelqu’un de susceptible de collaborer étroitement avec la Fed et les agences de l’exécutif pour obtenir plus de soutien si le Congrès hésite à agir.

Soutien à l’économie

La tâche de la prochaine secrétaire au Trésor sera d’autant plus délicate que pour l’heure, les démocrates ne disposent pas de majorité au Sénat contrairement à l’administration Obama lors de sa prise de fonction en janvier 2009, en pleine crise également.

Comme nombre d’économistes, Mme Yellen, ancienne professeure à la prestigieuse université d’Harvard reconnaissable à sa chevelure toute blanche, s’est récemment dite en faveur d’un nouveau soutien budgétaire, condition sine qua non pour lutter contre le chômage, maintenir les petites entreprises à flot et remettre l’économie sur les rails.

Mais pour l’heure, le vote d’un nouveau plan d’aide à l’économie est dans l’impasse.

Son expertise du marché de l’emploi au moment où le taux de chômage – 6,9 % – est plus du double d’avant la pandémie et le respect qu’elle a gagné au Congrès pour sa normalisation de la politique monétaire menée après la crise financière de 2009 sont des atouts de taille.

La confirmation de sa nomination sera probablement bien accueillie par les investisseurs.

L’indice vedette de Wall Street, le Dow Jones Industrial Average, a terminé dans le vert lundi, accueillant avec enthousiasme la perspective de cette nomination.

Pendant son mandat à la tête de la Fed, les marchés avaient d’ailleurs décollé.