Si George Armoyan est encore peu connu au Québec, ce ne sera plus pour longtemps : il est en train de s’installer ici avec sa famille, mène plusieurs projets dans la province et vient d’investir pas moins de 150 millions dans la fiducie immobilière Cominar.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Cet entrepreneur arménien né en Syrie a commencé à acheter des parts de Cominar peu après le début de la pandémie. Après en avoir acheté pour une dizaine de millions la semaine dernière, il en possède maintenant plus de 20 millions, ce qui en fait le plus important détenteur de parts de la fiducie immobilière de Québec, et le seul avec une participation supérieure à 10 %. Au cours actuel, son investissement total dans Cominar, dont la part a pris 9 % lundi, vaut déjà 170 millions.

« Ça ne changera rien à ma vie. Je fais ça pour mes deux garçons, Sam et George jr », dit-il en entrevue de son bureau montréalais.

L’investissement dans Cominar est effectué par l’entremise de son holding G2S2 Capital, dont l’acronyme est tiré des prénoms des quatre membres de la famille (George, George jr, Simé et Sam).

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

George Armoyan, sa femme Simé, et leurs deux fils Georges jr (à gauche) et Sam (à droite)

George Armoyan a rencontré sa femme Simé lors d’un évènement organisé à Montréal en 1990. « Nos garçons ont été baptisés au Québec », dit-il. Plus connu au Canada anglais, George Armoyan a notamment vécu à Toronto et à Halifax au fil des années. Il a aussi passé beaucoup de temps aux États-Unis, surtout l’hiver, où il est notamment actif en développement immobilier à Atlanta, à Charlotte et en Floride. Maintenant, il dit vouloir devenir « un Québécois à temps plein ».

En 2006, le chroniqueur Eric Reguly, du Globe and Mail, l’avait qualifié de « meilleur investisseur au Canada dont vous n’avez jamais entendu parler ».

En Cominar, l’homme d’affaires de 60 ans voit un titre significativement sous-évalué par rapport à la valeur nette des actifs et un portefeuille immobilier renfermant un fort potentiel.

Dans cinq ans, j’aurai l’air d’un visionnaire ou d’un crétin.

George Armoyan

« J’aime Montréal. J’aime le Québec. J’ai vu une opportunité. Ça fait longtemps que je crois au potentiel à long terme de Montréal. D’un point de vue macro, j’aime les perspectives du Québec », ajoute ce chasseur d’aubaines.

À contre-courant et militant

Investisseur à contre-courant, habitué de ne pas suivre la meute, George Armoyan traîne aussi une réputation de militant. S’il dit ne pas vouloir agir en « activiste » chez Cominar, il souhaite avoir son mot à dire dans la gestion de l’entreprise. Mais il refuse d’affirmer qu’il a demandé un siège au conseil des fiduciaires.

« J’attends une invitation, dit-il avec le sourire. Je suis dans le domaine depuis 38 ans. J’ai fait ça toute ma vie. J’ai parlé au président du conseil [René Tremblay] et à d’autres pour leur exprimer mon intérêt et leur offrir mon aide. J’espère qu’ils y verront une valeur. J’espère être utile. »

Les deux plus grands détenteurs de parts de Cominar sont désormais des investisseurs au passé militant. L’Américain Zach George détient une participation de 8 %. George Armoyan dit connaître M. George pour l’avoir rencontré dans le passé, mais soutient ne pas avoir élaboré de stratégie avec lui.

Zach George est membre du comité chargé de superviser le processus d’examen stratégique lancé par Cominar à la mi-septembre. L’entreprise a perdu environ la moitié de sa valeur depuis un an. La glissade a toutefois débuté bien avant la pandémie. Un examen stratégique avait d’ailleurs été mis en place, il y a deux ans, afin d’« optimiser » le portefeuille immobilier, de réduire l’endettement et de diminuer les coûts.

Une propriété à la fois…

Cominar détient 315 immeubles de bureaux, centres commerciaux et entrepôts dans les régions de Montréal, de Québec et d’Ottawa.

George Armoyan estime que Cominar peut faire mieux et que son portefeuille doit aujourd’hui être analysé une propriété à la fois, afin de voir « si des choses différentes peuvent être réalisées et trouver des façons de redévelopper certains immeubles ». Lorsqu’on lui demande de préciser sa pensée et d’offrir des exemples, il préfère demeurer silencieux.

La direction de Cominar a indiqué à La Presse qu’elle ne commentera pas des « discussions de nature privée avec ses porteurs de parts ».

Entre-temps, George Armoyan dit faire ses devoirs et continue de visiter les différents centres commerciaux de Cominar.

J’ai récemment visité le Mail Champlain à Brossard, je suis allé me faire couper les cheveux au Centre Rockland, et ce week-end, je suis me suis promené au Centre Laval.

George Armoyan

En parallèle, il consacre de l’énergie à plusieurs projets résidentiels et commerciaux au Québec. Son bureau du boulevard Newman, à LaSalle, est installé à proximité du Carrefour Angrignon, où il participe au développement du projet immobilier de cité urbaine EQ8. Il a également lancé le projet Station Garni à Mascouche, près de la gare, et affirme être sur le point de lancer un projet résidentiel à Saint-Jovite.

Ancien étudiant en génie de l’Université Dalhousie, à Halifax, George Armoyan ne veut pas dévoiler la valeur de son portefeuille personnel. « Disons seulement que je suis béni », dit-il humblement. Armco Capital et Geosam Capital sont deux sociétés par lesquelles il réalise ses projets immobiliers. Il est aussi le grand patron de la société de portefeuille Clarke et siège au conseil d’administration de grandes entreprises comme TerraVest Industries et Bonavista Energy.