Malgré les restrictions sanitaires, deux grands plateaux de tournage américains sont en activité actuellement à Montréal et d’autres pourraient suivre. La demande de séries télé ne tarit pas et tout est mis en œuvre pour y répondre.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Les deux grands complexes de studios audiovisuels montréalais, MELS et MTL Grandé, accueillent chacun une équipe de tournage de film américaine ces jours-ci. Disney a choisi MELS pour une nouvelle version de Home Alone, tandis que Centropolis Entertainment tourne Moonfall chez MTL Grandé.

Dans les deux cas, il était hors de question de plier bagage au moment où la pandémie a forcé l’interruption des tournages, en mars. On avait déjà trop investi dans le montage des décors.

« Si les décors n’avaient pas déjà été montés, j’ai l’impression que ce serait tombé », estime d’ailleurs le fondateur de MTL Grandé, Iohann Martin.

Depuis que Québec a autorisé la reprise des tournages, en juin dernier, de nombreux producteurs locaux se sont lancés. Jusqu’à présent, ils ont pu le faire malgré les restrictions sanitaires et sans problème important.

« Personne n’a intérêt à ce qu’un plateau arrête, ce serait une catastrophe financière pour tout le monde », rappelle M. Martin, qui assure que les règles sont par conséquent scrupuleusement respectées. « Les producteurs ne sont pas nonos, ils savent que ça peut s’arrêter rapidement, comme les gyms ou les restaurants. »

Forte demande

La bonne tenue des tournages locaux permet par ailleurs de rassurer les producteurs étrangers. Et bien qu’il n’y ait pas encore de confirmations, l’intérêt est grand, confirme-t-on à la fois dans les deux studios montréalais et au Bureau du cinéma et de la télévision du Québec (BCTQ).

« On reçoit plus de scripts, la production est vraiment à la hausse malgré tout », note Chanelle Routhier, commissaire nationale au BCTQ. « Il y a plusieurs projets qui s’annoncent bien, mais il n’y a rien de confirmé. »

PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM DE HALLE BERRY

La comédienne Halle Berry a publié cette photo pour célébrer la fin de sa quarantaine à Montréal avant de s’attaquer au tournage de Moonfall.

Il faut dire que l’élan était déjà fort pour Montréal, qui aurait pu connaître sa meilleure année en 2020, n’eût été la pandémie. Un succès surtout attribuable à la forte demande de l’industrie en général, qui a saturé des destinations plus prisées, mais aussi, un peu, à la réputation de la métropole, estime Mme Routhier.

Depuis deux ou trois ans, Montréal est en train de se positionner pour les tournages télé. Certaines séries sont revenues, ce qui a envoyé un bon message.

Chanelle Routhier, commissaire nationale au Bureau du cinéma et de la télévision du Québec

La forte demande est d’ailleurs surtout propulsée par les séries diffusées par les plateformes de diffusion en ligne comme Netflix et Amazon Prime, note M. Martin. Le cinéma, lui, se fait davantage tirer l’oreille. La fermeture de très nombreuses salles de cinéma a déjà incité au report de l’arrivée de plusieurs films, dont le plus récent James Bond, et créé un reflux.

Les restrictions sanitaires, plus sévères au Québec que dans la plupart des États américains, ne semblent par ailleurs pas avoir d’effet négatif, observe Mme Routhier. En fait, les producteurs américains s’astreignent à des normes encore plus élevées que ce qu’exige la CNESST au Québec, en raison des exigences des syndicats, notamment celui des acteurs américains.

« Vu que la situation n’est pas évidente aux États-Unis, le Canada devient même plus intéressant, estime Mme Routhier. On est un endroit sécuritaire pour les Américains. »

On note aussi un intérêt plus marqué pour les tournages en studio, où l’environnement est plus facile à contrôler qu’à l’extérieur.