Bon d’accord, j’exagère un brin. Liberté 95, ce n’est vraiment pas pour tout le monde. Qui a encore l’énergie et la flamme pour continuer à travailler jusqu’à cet âge avancé, à part Janette Bertrand ?

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

Mais je vous garantis que beaucoup de travailleurs devront repousser l’âge de leur retraite pour rattraper les cotisations perdues à cause de la COVID-19 et compenser les rendements plus faibles au cours des prochaines années. Malheureusement, les femmes, qui sont déjà le parent pauvre de la retraite, auront encore plus de fil à retordre puisqu’elles sont plus durement touchées par la pandémie.

En fait, la COVID-19 aura un impact sur les régimes de retraite pour les décennies à venir, si je me fie à la 12e édition de l’indice Mondial Mercer CFA Institute sur les régimes de retraite, dévoilé mardi.

Voici les principaux constats.

D’abord, les gouvernements ont déployé des milliards pour lutter contre le virus, ce qui a fait exploser la dette. Cela pourrait fragiliser le financement des régimes de retraite publics, comme la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) versée par Ottawa.

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

« La COVID-19 aura un impact sur les régimes de retraite pour les décennies à venir, si je me fie à la 12e édition de l’indice Mondial Mercer CFA Institute sur les régimes de retraite, dévoilé mardi », écrit notre chroniqueuse.

Ensuite, certaines entreprises aux prises avec des problèmes de liquidités ont arrêté de cotiser au régime de retraite de leurs employés. D’autres ont fait des mises à pied, si bien que des millions de travailleurs ont perdu leur emploi. Non seulement ils ne sont plus couverts par le régime de retraite de leur ancien employeur, mais en plus, ils n’ont probablement pas les moyens d’épargner pour la retraite si leurs revenus ont soudainement fondu.

De leur côté, les travailleurs qui continuent d’économiser pour la retraite, dans leur REER ou ailleurs, ont eu la frousse avec la chute de la Bourse. Certains ont modifié leur portefeuille pour prendre moins de risques, ce qui leur rapportera aussi moins de rendement. Pire : certains individus ont probablement puisé dans leur épargne-retraite, de façon hâtive, pour réussir à payer les factures. Forcément, il leur en restera moins pour plus tard.

Il n’y a pas de magie. Moins d’épargne signifient inévitablement moins de revenus à la retraite.

Parallèlement, les investisseurs doivent réduire leurs attentes de rendement. Pour lutter contre la COVID-19, les banques centrales ont sabré les taux d’intérêt.

Conséquence ? « En 2020, les grands régimes de retraite à prestations déterminées vont réduire leurs attentes d’environ 50 points », prévoit Hubert F. Tremblay, conseiller principal chez Mercer Canada. Au lieu de 5,5 %, ils tableront sur 5 % ou même 4,75 %.

Automatiquement, ces employeurs seront donc forcés de cotiser davantage pour remplir leurs promesses de rente. Pour les gouvernements et les municipalités, cela pourrait se traduire par une réduction des services à la population ou une augmentation des taxes et des impôts. Quant aux entreprises privées, elles pourraient décider de fermer leur régime de retraite, une tendance amorcée depuis longtemps. Au final, les employés se retrouveront avec le fardeau sur leurs épaules.

Or, les attentes de rendement doivent être encore plus basses pour les particuliers qui paient davantage de frais de gestion et qui n’ont pas accès à des stratégies de placement aussi sophistiquées que les gros acteurs.

Le rendement espéré varie en fonction du profil du client. Mais en se fondant sur les normes de l’Institut québécois de la planification financière (IQPF), les planificateurs devraient utiliser dans leur projections de retraite un rendement net de 3,25 % pour un portefeuille composé à parts égales d’actions et de revenus fixes, avec des frais annuels de 1,25 %.

C’est bien moins que les rendements passés. Depuis 10 ans, les fonds communs de placement équilibrés canadiens ont livré environ 5 % et les fonds équilibrés mondiaux, 5,75 %, selon Morningstar.

Ici encore, il n’y a pas de magie. Si votre argent travaille moins fort pour vous, vous devrez travailler plus fort pour votre argent. Donc, cotiser plus. Plus longtemps.

« L’impact va être majeur », prévient Martin Dupras, Fellow de l’IQPF. À ma demande, il a calculé l’effet d’une diminution de rendement sur la planification de la retraite.

Imaginons que Benoît, 50 ans, voulait prendre sa retraite à 60 ans. Avant la COVID-19, il avait accumulé 300 000 $. En continuant d’économiser 10 000 $ par année d’ici sa retraite, il aurait ensuite pu retirer 30 000 $ par année de son REER.

Mais ce plan ne tient plus la route s’il doit réduire ses prévisions de rendement, disons de 100 points, soit de 4 % à 3 %. Dans ce cas, trois options s’offrent à lui, explique M. Dupras.

Il peut épargner davantage. Il devra alors mettre les bouchées doubles et économiser plus de 21 000 $ par année, au lieu de 10 000 $.

Sinon, il peut reporter sa retraite de trois ans et demi. Le report est doublement payant, car il économise plus longtemps et puise moins vite dans son épargne.

Autrement, il devra réduire de 20 % son train de vie à la retraite. Au lieu de 30 000 $, il devra se contenter de 24 000 $. Sinon, il épuisera ses épargnes avant 95 ans, ce qui n’est pas recommandé.

N’oubliez pas que vous avez encore une chance sur quatre d’être encore en vie à cet âge. Et vous pourriez être encore drôlement en forme. Regardez Janette !