(San Francisco) Un petit tour et puis s’en vont les vidéos courtes de Quibi : le service de streaming lancé il y a six mois en Amérique du Nord est déjà en quête d’un repreneur pour son catalogue et ses actifs, à cause de la pandémie mais aussi de son modèle économique.

Julie JAMMOT
Agence France-Presse

« Le monde a radicalement changé depuis le lancement de Quibi et notre modèle économique n’est plus viable tout seul », a indiqué dans un communiqué Jeffrey Katzenberg, un ancien patron de Disney (1984-1994) et le fondateur de la plateforme, qui avait séduit des stars pour produire des films et séries, comme Steven Spielberg et Jennifer Lopez.

Les vidéos de dix minutes maximum étaient conçues comme des « bouchées » (Quibi est la contraction de « quick bites », bouchées rapides) à regarder sur son smartphone, à l’horizontale ou à la verticale, pendant un trajet, par exemple.  

Mais les mesures de confinement ont plutôt favorisé les plateformes sur tous les écrans et formats longs traditionnels.  

« Nous avions en tête de créer la nouvelle génération de formats narratifs », rappellent dans une lettre ouverte M. Katzenberg et Meg Whitman, la directrice générale de l’entreprise.

« C’est donc le cœur serré que nous annonçons aujourd’hui que nous allons ralentir nos activités et chercher à vendre les contenus et actifs technologiques », continuent-ils.

Des rumeurs circulaient déjà depuis septembre dans la presse américaine. D’après le site The Information, Jeffrey Katzenberg aurait déjà essayé de démarcher Eddy Cue, un vice-président d’Apple, Jason Kilar, patron de WarnerMedia, Fidji Simo, la cheffe de l’application Facebook, ou encore NBCUniversal, pour leur vendre le catalogue. En vain, selon les sources de la publication.

Quibi avait misé gros, avec 50 programmes disponibles dès le premier jour et des longs métrages payés jusqu’à 100 000 dollars la minute, comme les grosses productions de Netflix.

Depuis son lancement en avril, l’application a sorti plus d’une centaine de séries originales en tout. Elle est présente sur des millions de mobiles, selon le communiqué.

« Pas faute d’avoir essayé »

Mais le succès n’est pas au rendez-vous, à cause d’une « conjonction » de deux raisons, selon les deux dirigeants : « L’idée n’était pas suffisamment solide pour justifier un service de streaming à part entière » et le « calendrier ».

« Notre échec n’est pas faute d’avoir essayé ; nous avons envisagé et épuisé toutes les options disponibles ».

Pour tenir compte des difficultés financières liées à la crise sanitaire, la plateforme avait fait passer son offre d’essai de deux semaines à 90 jours. Le prix de l’abonnement-5 dollars par mois avec publicité ou 8 dollars sans-est comparable à celui du géant Disney+, qui dispose lui des catalogues Marvel, Pixar, etc.

Au-delà de la pandémie, Quibi est sorti alors que le paysage du streaming était déjà devenu très dense, avec Disney+ et Apple TV+, entrés en scène avec des moyens importants il y a un an. HBO Max (AT & T) et Peacock (Comcast) ont pris du service au printemps dernier.

Les pionniers et géants du divertissement ont largement profité de la pandémie : en moins d’un an, Disney+ a conquis plus de 60 millions d’abonnés dans le monde.

Netflix, de son côté, s’approche des 200 millions, dont 28 millions de nouveaux membres gagnés entre janvier et septembre, c’est plus que pendant toute l’année 2019.

Mais la plateforme leader du marché a vu sa croissance ralentir cet été, notamment aux États-Unis, où les experts commencent à parler de « saturation ».

Du côté des formats courts, Quibi était aussi en concurrence avec YouTube, dont les compteurs ont explosé au printemps, et qui pousse agressivement sa formule payante à ses utilisateurs.

« Nous continuons à croire qu’il existe un marché pour des contenus courts et de qualité », a assuré Meg Whitman dans le communiqué. « Durant les prochains mois, nous travaillerons dur pour trouver des acheteurs capables de mettre en valeur nos actifs avec tout leur potentiel ».