Lorsque la première vague est arrivée, tout le monde a été pris par surprise. Le choc a été grand, mais les batteries étaient pleines. Alors que les arcs-en-ciel se multipliaient à l’horizon, les entrepreneurs et leur équipage ont retroussé leurs manches et ont affronté le mauvais temps. Le moral était bon et plusieurs entreprises ont évolué à une vitesse impressionnante. On sentait un bel élan de solidarité pour le bien commun et tous y participaient.

Dominique Brown
Président de Chocolats Favoris

Voilà que la deuxième vague est arrivée et frappe une fois de plus le monde des affaires. Cette fois, tout le monde est dans la même tempête, mais pas dans le même bateau. Certaines industries, comme la restauration, sont touchées plus durement pour des raisons qu’elles ont du mal à s’expliquer. Comme beaucoup de chefs d’entreprise, j’ai été d’abord submergé par un sentiment de découragement. Alors qu’une forme de normalité s’installait et que nos équipes pouvaient enfin reprendre leur souffle, voilà que la tempête reprenait de l’ampleur.

Avec l’entrepreneuriat vient le rêve de liberté. Le sentiment d’avoir le contrôle de son destin. C’est lorsqu’on traverse une crise qu’on réalise les vraies limites de cette liberté. On ne peut abandonner le navire. Les yeux de toute notre équipe sont tournés vers nous. On veut être bien certain que le capitaine sait ce qu’il fait. C’est le temps de briller. C’est ça, l’entrepreneuriat, le vrai, loin des concours et des réseaux sociaux.

Je suis à la tête d’entreprises depuis maintenant 20 ans et je n’ai jamais eu à affronter une crise d’une telle ampleur. Par contre, j’ai eu à affronter par deux fois la possibilité bien réelle que mon entreprise ferme ses portes, en plus de devoir piloter des pivots stratégiques importants.

Je crois fortement que lors d’une crise, la première chose à faire est de reprendre le contrôle de sa propre personne et de regarder la réalité en face.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Attention au piège du positivisme à toute épreuve – votre entourage risque de le percevoir comme du déni. Même chose pour la panique qui est contagieuse et qui mène trop souvent à une attitude « chacun pour soi ». Il faut avoir confiance en ses capacités de passer au travers tout en reconnaissant que ce ne sera pas facile. Il faut aller au-delà de notre frustration par rapport à la situation et se concentrer sur ce qu’on peut encore contrôler.

Calme et transparence sont de mise avec vos équipes et vous verrez qu’il en ressortira une mobilisation impressionnante, même en temps de crise. Vous aurez besoin de cette mobilisation ne serait-ce que pour votre propre équilibre mental.

Ceci fait, reconnaissez que le comportement des consommateurs changera, et pour de bon. La consommation n’est plus l’histoire d’un seul canal de ventes depuis longtemps. Le Québec accusait simplement un retard en la matière, et la présente crise est venue accélérer notre mise à jour collective.

Certains avaient mis en place des offres très créatives lors de la première vague seulement pour les enlever dès la fin de celle-ci. Pourquoi ne pas avoir continué à répéter ces offres ? Une entreprise peut être vue, selon moi, à la manière d’un portefeuille de placement. Certaines choisiront de concentrer leurs investissements dans un secteur et s’exposeront ainsi à de fortes variations de rendement. Si le secteur s’écroule, elles s’écroulent. D’autres qui auront choisi de se diversifier davantage verront certaines portions de leur portefeuille croître pour compenser celles qui sont en décroissance. Suivant cette logique, une bonne façon d’augmenter ses chances de passer à travers une crise en tant qu’entreprise est de s’assurer d’avoir une bonne diversification de clients et de lignes d’affaires.

Tout le monde est fatigué, mais la réalité demeure. Non, ce ne sera pas facile, mais c’est en gardant le cap et en faisant face aux vagues qu’on passera à travers, pas en s’imaginant que ça va bien aller. C’est aussi ça, l’entrepreneuriat.