(Toronto) Des dirigeants syndicaux exhortent le gouvernement Trudeau à octroyer une aide financière immédiate à l’industrie du transport aérien, qui a été grandement affectée par la pandémie de COVID-19, en plus de soutenir le déploiement de tests de dépistage rapides.

Christopher Reynolds
La Presse Canadienne

Les représentants de deux syndicats de pilotes et d’Unifor ont plaidé, jeudi, pour qu’Ottawa offre aux compagnies aériennes des prêts totalisant 7 milliards à un taux d’intérêt de 1 %. Cette proposition, échelonnée sur 10 ans, comprendrait des garanties de prêts et une aide financière directe, mais pas de subventions, ont-ils déclaré, dans le cadre d’une conférence de presse qui s’est déroulée à Toronto.

Ils ont également demandé aux autorités fédérales de mettre l’épaule à la roue en ce qui a trait à l’approbation et au déploiement de tests de dépistage rapides pour les passagers, ce qui pourrait paver la voie à un assouplissement des restrictions de voyage et des règles entourant la période d’isolement obligatoire.

« La pandémie a créé une crise sans précédent et la reprise pourrait prendre des années », a déclaré le chef de la section canadienne de l’Air Line Pilots Association, Tim Perry.

De son côté, le chef de la direction de l’Association des pilotes d’Air Canada, Robert Giguère, a prévenu qu’une industrie aérienne décimée entraverait la reprise au pays.

Les avis semblent toutefois diverger quant à l’approche à préconiser afin d’épauler le secteur.

Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), qui ne faisait pas partie de la conférence de presse, a souligné, dans un communiqué, qu’un plan d’aide gouvernemental devrait inclure des dispositions « importantes pour soutenir les travailleurs » plutôt que de favoriser la performance financière des compagnies.

Selon le syndicat représentant 15 000 agents de bord, un coup de pouce financier doit s’accompagner par une prise de participation dans les sociétés. Ce genre de soutien pourrait s’inspirer de Lufthansa, qui a obtenu une aide d’environ 14 milliards ayant permis au gouvernement allemand de prendre une participation de 20 % dans la compagnie aérienne ayant vu le jour il y a 67 ans.

Cependant, le président d’Unifor, Jerry Dias, a déclaré qu’une participation gouvernementale ne devrait être prise en considération que si une compagnie aérienne n’était pas en mesure de respecter ses obligations après avoir obtenu un prêt fédéral.

À l’échelle mondiale, les gouvernements ont allongé 123 milliards pour permettre à des transporteurs de traverser les turbulences actuelles, a déclaré M. Dias. Le Canada a plutôt opté pour des mesures destinées à tous les secteurs, comme la subvention salariale d’urgence.

Le gouvernement Trudeau a également retardé l’obligation pour les compagnies aériennes de rembourser les clients dont les vols ont été annulés en raison de la crise sanitaire, ce qui pourrait faire économiser aux transporteurs des centaines de millions de dollars. En revanche, les autorités européennes et américaines ont demandé aux compagnies aériennes de rembourser les voyageurs.

Les restrictions de voyage et le plongeon de la demande continuent de peser sur les secteurs du transport aérien et du tourisme. Plus de 30 000 employés ont été mis à pied ou se trouvent en congé forcé chez Air Canada et WestJet. Le nombre de passagers au Canada a baissé de 90 % à 97 % depuis le début de la pandémie, selon les données de Statistique Canada.

« Air Canada dépense environ 15 millions par jour […] c’est totalement insoutenable », a déclaré M. Dias, dont le syndicat représente 15 000 travailleurs de l’industrie, y compris des pilotes, des bagagistes et des agents de bord.

Celui-ci a félicité le gouvernement Trudeau d’avoir prolongé la Subvention salariale d’urgence du Canada jusqu’à l’été prochain, mais a noté que certaines entreprises, comme Air Canada, ne sollicitent plus cette mesure.

Dans son discours du Trône de la semaine dernière, le gouvernement Trudeau s’est engagé à soutenir les « liaisons régionales des compagnies aériennes », mais n’a fourni aucun détail.

Le Conseil national des compagnies aériennes du Canada — qui représente les principaux transporteurs au pays — a salué, dans un communiqué, la sortie des dirigeants syndicaux.

Par ailleurs, Air Canada a annoncé jeudi avoir finalisé une commande de tests rapides auprès du laboratoire américain Abbott.