Le confinement généralisé du printemps dernier a fait mal à l’industrie de la restauration au Québec, mais le reconfinement automnal qui vient d’être décrété pour les 28 prochains jours sera encore plus difficile à digérer pour les acteurs de cette industrie déjà fortement fragilisée. L’aide promise par Québec doit être précisée et déployée de façon urgente.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Éric Lefebvre, PDG de MTY, plus gros franchiseur de restaurants au Québec avec plus de 7200 établissements sous 84 enseignes différentes au Canada et aux États-Unis, a été renversé par la décision de Québec de reconfiner le secteur de la restauration dans les trois zones rouges où est concentré l’essentiel des 1160 restaurants québécois de son groupe.

Si MTY a réussi tant bien que mal à traverser la crise du printemps dernier, lorsque les restaurants ont dû fermer leur salle à manger pour une période de près de trois mois sur tout le territoire québécois, Éric Lefebvre s’interroge sur la capacité de plusieurs franchisés du groupe à survivre à ce nouveau confinement.

« On commençait seulement à se remettre de la crise. On a réussi à passer au travers grâce aux mesures d’urgence qui ont été déployées par le gouvernement fédéral, comme la subvention d’urgence à l’emploi et l’aide au paiement des loyers commerciaux.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Éric Lefebvre, PDG de MTY

“Mais là, pour plusieurs de mes franchisés, il leur sera même impossible de payer 25 % de leur loyer. Il va falloir que Québec arrive avec un programme d’aide solide, sinon, il va y avoir un paquet de fermetures”, constate avec impuissance le dirigeant.

Déjà, MTY a dû enregistrer 250 fermetures de restaurants durant la première vague de la pandémie. Certains de ses établissements situés au centre-ville de Montréal, dans des tours de bureaux, peinent à faire leurs frais. Fermer la salle à manger durant un mois n’augure rien de moins que la catastrophe.

MTY, qui est notamment propriétaire des enseignes Thaï Express, Tutti Fruti, Bâton Rouge et Ben et Florentine, a épaulé ses franchisés pour qu’ils investissement et se conforment aux normes de la Santé publique, plusieurs se sont endettés pour continuer leurs activités et ne peuvent tout simplement assumer les charges d’une nouvelle fermeture.

On a besoin d’une aide immédiate, du capital pour payer les employés qui vont perdre leur emploi pour un mois, les fournisseurs, les bailleurs. Plusieurs franchisés vivent avec un stress qui mine leur santé mentale. Ils ont besoin d’oxygène.

Éric Lefebvre, PDG de MTY

Le PDG de MTY se dit prêt à vivre avec la consigne du confinement et souhaite se plier aux directives de la Santé publique, mais il aurait préféré que Québec annonce et détaille en même temps le soutien financier qu’il promet à l’industrie.

Une chaîne affaiblie

Outre les restaurateurs qui devront composer avec les comptes à payer sans clients pour les financer, c’est aussi toute la chaîne d’approvisionnement de l’industrie de la restauration qui va souffrir de la fermeture forcée du prochain mois.

Les fournisseurs qui desservent les 1160 restaurants de MTY et qui avaient repris un rythme d’activité post-COVID-19 vont se retrouver avec des stocks improductifs beaucoup trop importants à soutenir. Sans compter les comptes à payer en souffrance qui risquent de s’accumuler.

Les restaurateurs qui ont profité du moratoire de six mois que les banques leur ont consenti pour ne rembourser que les frais d’intérêt sur leurs emprunts doivent recommencer à rembourser capital et intérêt, une pression financière que plusieurs ne seront capables de soutenir.

Certains restaurants comme La Cage–Brasserie sportive ou la chaîne La Belle et La Bœuf qui sont localisés dans de vastes établissements et qui doivent soutenir des loyers qui excèdent les 40 000 $ par mois ne seront pas en mesure d’assumer pareille charge.

Peter Mammas, PDG de Foodtastic, un franchiseur qui compte 105 restaurants de plusieurs enseignes, dont La Belle et La Bœuf, confirme que la fermeture de 28 jours commande une aide financière conséquente et rapide de la part de Québec.

“On a des loyers de certains restaurants qui peuvent atteindre jusqu’à 55 000 $ par mois et les coûts de fermeture – perte d’inventaire, mises à pied, assurances… – peuvent totaliser de 15 000 à 30 000 $ par restaurant, ce sont des frais astronomiques alors que nos franchisés n’auront aucun revenu”, déplore le PDG.

Peter Mammas ne digère vraiment pas cette décision de reconfiner pour un mois, d’autant plus que 48 heures avant l’annonce, Québec confirmait que les restaurants n’avaient pas constitué des lieux probants d’éclosions de COVID-19.

“On a besoin d’une réponse rapide. On aurait dû l’avoir le jour même où Québec a pris la décision de fermer nos établissements.”