(QUÉBEC) Mesures incitatives financières, formation accélérée et campagne promotionnelle. Québec s’attaquera cet automne à la tâche de favoriser le retour sur le marché du travail des 193 000 chômeurs québécois ayant perdu leur emploi en raison de la pandémie. Le gouvernement Legault misera notamment sur leur requalification pour relancer l’économie.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Des chômeurs du secteur de l’aéronautique dans l’industrie de la construction ? Des femmes issues du milieu de l’hôtellerie au secours de l’entreprise manufacturière ? Ce sont là des réflexions que lance le ministre du Travail, Jean Boulet. La pandémie malmène l’économie et bouleverse le marché du travail.

« Il y a des chômeurs pandémiques. C’est sûr qu’avec la dernière étude sur la population active, on réalise que ça reprend. Il y a un retour en emploi qui est assez vigoureux, mais toutes les associations patronales et syndicales nous le disent […], ce n’est pas un retour qui est complet », explique le ministre Boulet.

Québec veut favoriser un retour à l’emploi, mais plus précisément dans les domaines touchés par la pénurie de main-d’œuvre. Il veut aussi que les secteurs qu’il entend stimuler pour sa relance – comme la construction et le manufacturier – puissent compter sur des bassins de travailleurs qualifiés.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Jean Boulet, ministre du Travail

« C’est tout ça que je veux brasser », assure le ministre Boulet. Pour éviter de faire fausse route, il tiendra, le 16 octobre prochain, un forum sur la requalification de la main-d’œuvre et l’emploi, où convergeront virtuellement des représentants du milieu syndical, de l’enseignement, des employeurs et des organismes communautaires.

« Le forum va être une opportunité de discuter, de se concerter et dégager des consensus pour poser des actions concrètes », promet-il. « Mais, je veux que ce soit un forum pratique. Je ne veux pas qu’on aille dans 56 directions, je veux que ce soit un forum pragmatique », prévient le ministre.

L’enjeu principal est évidemment de favoriser le retour à l’emploi des « chômeurs pandémiques », dont on estime le nombre à 193 000 au Québec. En février 2020, avant l’éclatement de la crise sanitaire, il y avait 205 000 chômeurs québécois. Ce nombre atteignait près de 400 000 en août dernier.

« Accompagner le chômeur »

« On parle beaucoup d’accompagner le chômeur vers des métiers et professions en demande », illustre le ministre. Ceci vaut aussi pour les milliers de prestataires de la Prestation canadienne d’urgence, qui devront progressivement migrer vers l’assurance emploi.

Le ministre du Travail fait une comparaison avec le Programme actions concertées pour le maintien en emploi (PACME–COVID-19), qu’il a lancé en avril dernier pour permettre à des entreprises d’offrir de la formation à leurs employés afin de les garder à l’horaire au plus fort de la crise.

« Là, ça va être des mesures concrètes pour accompagner le travailleur dans un contexte de reprise économique alors que le PACME l’était dans un contexte de confinement », résume M. Boulet.

Il va avoir de la création d’incitatifs financiers, mais ça va aussi passer par la promotion de ces métiers.

Jean Boulet, ministre du Travail

« On parle aussi de la promotion des formations pour développer des compétences, de formations de courte durée, [de] reconnaissance des acquis, d’alternance travail-études », énumère-t-il.

Le ministre cite en exemple la formation accélérée déployée par Québec pour recruter 10 000 préposés aux bénéficiaires en CHSLD. « C’est une formule à succès qu’on peut reproduire pour d’autres métiers », assure-t-il.

« Une opportunité »

« Pour les chômeurs pandémiques, je pense qu’il faut voir la situation actuelle comme une opportunité de se repenser et de se réorienter potentiellement. Ce que je veux faire, c’est la promotion des métiers qui sont en déficit, où il y a de la pénurie de main-d’œuvre, et voir comment on peut aider ces personnes-là à y avoir accès », résume-t-il.

M. Boulet veut aussi mettre en place ce qu’il appelle des « passerelles » pour faciliter la reconnaissance des acquis et encourager la requalification de la main-d’œuvre. « L’aéronautique est un secteur très affecté par la pandémie, précise-t-il. Il y a des préposés à l’entretien, des manutentionnaires, des machinistes qui ont des acquis qui peuvent être transférés dans le domaine de la construction. »

« C’est ce que j’appelle une passerelle. Ça va permettre de répondre à un besoin en effervescence », ajoute-t-il. Le gouvernement Legault ne cache pas qu’il veut accélérer la construction d’infrastructures publiques, comme des écoles et des hôpitaux, pour relancer son économie, fragilisée par la pandémie. Il doit d’ailleurs présenter une nouvelle mouture de son projet de loi 61 cet automne.

La requalification de la main-d’œuvre et le rehaussement de la formation permettent aussi d’augmenter la productivité des entreprises, autre vœu du ministre.