Les producteurs de cèdres et les installateurs de haies sont un peu gênés de le dire, mais ils ont bien profité de la pandémie. La popularité du conifère a tant explosé qu’il y avait des pénuries dès le mois de juin alors que la saison de la plantation ne se termine pas avant octobre.

Marie-Eve Fournier
Marie-Eve Fournier La Presse

« Il faut prévoir cinq ou six ans d’avance ce qu’on va vendre. Il y a cinq ou six ans, je n’avais pas prévu qu’il y aurait une pandémie et que les gens auraient davantage d’argent à dépenser sur le terrain ! », lance le propriétaire de la Cédrière Del-Fino, Daniel Drouin.

Il qualifie l’année 2020 d’« exceptionnelle » en raison de la forte demande pour les cèdres. En 20 ans, c’est du jamais vu, assure-t-il. Ne pouvant plus voyager, bon nombre de Québécois ont investi dans le confort et l’esthétique de leur cour, ce qui a notamment fait bondir la demande pour les piscines, les spas, les fleurs et le bois traité.

Si la Cédrière Del-Fino avait accepté toutes les commandes qu’on voulait lui passer, le chiffre d’affaires aurait bondi de 50 %, calcule le propriétaire. Jamais une vente n’avait été refusée en deux décennies.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Daniel Drouin, propriétaire de la Cédrière Del-Fino

Or, M. Drouin a pris la décision d’« être assez discipliné pour ne pas hypothéquer les champs » qu’il avait prévu de récolter l’an prochain. « Si je vends tout en 2020, je n’aurai plus rien à vendre en 2021 », justifie M. Drouin, dont les terres se trouvent à L’Assomption, dans Lanaudière.

À la Cédrière St-Edmond, près de Drummondville, la propriétaire, Louise Fisette, a adopté une autre philosophie : « Quand il n’y en aura plus, il n’y en aura plus et je prendrai ma retraite plus de bonne heure ! », lance-t-elle au bout du fil.

Dès le 1er juillet, elle avait déjà vendu autant de cèdres qu’au cours de toute une saison normale. Et « des 6, 7 et 8 pieds de haut, je n’en ai plus depuis la mi-juin. Les gens devaient aller vers des petits ».

La surprise a été totale, raconte Mme Fisette, qui avait décidé à la fin d’avril de faire venir deux travailleurs étrangers plutôt que trois, comme d’habitude.

Je pensais que ce serait tranquille. Oups ! À partir du mois de mai, c’était à coup de 100 appels par jour. Ça sonnait tout le temps !

Louise Fisette, propriétaire de la Cédrière St-Edmond

Il va sans dire que les heures supplémentaires ont été nombreuses.

Et une clientèle inattendue a été servie. « J’ai attiré du monde de loin. Même deux personnes de Val-d’Or, parce qu’il n’y avait plus de cèdres dans leur coin. De Gatineau aussi », raconte la femme d’affaires.

Clients en larmes et achat de machinerie

L’engouement sans précédent pour la haie de cèdres a également été une surprise totale pour M. Drouin, qui ne croyait pas que la pandémie aurait pour effet de faire baisser ses stocks « à un rythme de fou ».

Comme il vend à des entreprises spécialisées dans la pose de haies, il a été témoin du désarroi de ceux qui avaient signé des contrats, mais n’étaient pas en mesure de les respecter à cause de la pénurie. « J’avais des clients qui pleuraient au téléphone parce qu’ils voulaient des cèdres. Mais c’est ça, la vie… »

À Vaudreuil-Dorion, l’entreprise d’installation de haies PURcèdres s’en est quand même bien sortie dans les circonstances, soutient le copropriétaire Francis Pichette. « Notre volume a dû doubler ou tripler. C’est une bonne augmentation. »

« On a toujours deux producteurs pour se virer de bord, mais ils ont tous manqué de cèdres. Il a fallu se rajuster », ajoute-t-il. Quand il n’a plus été possible de trouver de conifères de 8 pieds de haut, l’entreprise a suggéré à ses clients de se tourner vers des 7 pieds, donne M. Pichette en exemple. De plus, quelques contrats ont été refusés.

Au début, on n’était pas sûrs qu’on aurait une saison. Et finalement, on a dû acheter de l’équipement, des camions et des remorques pour faire rouler une équipe de plus.

Francis Pichette, copropriétaire de PURcèdres

« D’habitude, on a une personne pour prendre les appels et, là, on en avait deux, parfois trois. On ne peut pas ne pas répondre aux appels ! »

Pénuries l’an prochain ?

La plantation se poursuivra jusqu’en octobre, à moins que la météo ne le permette pas. Mais les entreprises qui acceptent encore des contrats sont rares, a-t-on pu constater en appelant une dizaine d’entreprises. Dès la fin de juin, les consommateurs devaient souvent attendre jusqu’en septembre pour espérer voir un mur végétal d’intimité sur leur terrain.

PURcèdres est d’ailleurs « plein depuis quelques semaines » et s’affaire à conclure des contrats pour l’an prochain.

Quel genre de saison 2021 l’industrie pense-t-elle avoir ? « Bonne question ! Peut-être qu’on sera moins occupés du fait que, cette année, on a eu beaucoup de travail », répond M. Pichette.

De son côté, M. Drouin croit que les prix augmenteront puisque les stocks sont très bas en ce moment dans la province.

Une chose est certaine, conclut Mme Fisette, sa cédrière ne pourra pas vendre de cèdres de 8 pieds, hauteur des plus prisées… puisqu’elle a vendu tous ses 7 pieds cet été. « [Mais] les 4 pieds vont pousser. Les 5 pieds vont pousser… »

La bonne nouvelle, c’est que les cèdres poussent rapidement, grosso modo d’un pied par année.