L’entité canadienne du plus grand fournisseur d’espaces de travail collaboratif au monde s’est adressé aux tribunaux pour se mettre à l’abri de ses créanciers. La requête vaut pour bon nombre de ses bureaux au Canada, a rapporté le Globe and Mail jeudi. La nouvelle a pris le milieu immobilier à Montréal complètement par surprise, selon les témoignages recueillis.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

Regus loue des locaux dans pas moins de 13 immeubles de la région montréalaise. Sept de ces immeubles sont situés au centre-ville : 1000 De La Gauchetière, 1200 et 2000 McGill College, 2001 Robert-Bourassa, 1250 René-Lévesque, 500 Place d’Armes et 75 rue Queen.

Le concurrent de WeWork loue également des bureaux dans l’arrondissement de Saint-Laurent, à Laval, à Brossard et dans le Mile End, au 5455, avenue De Gaspé.

« C’est une surprise », dit un courtier autrement bien au fait de l’actualité immobilière. « On s’attendait tous à ce que Regus puisse poursuivre ses activités normalement plus longtemps que WeWork », ajoute notre interlocuteur, qui ne veut pas être nommé pour ne pas nuire à ses relations d’affaires.

Le promoteur Dario Montoni, que La Presse interviewait sur un tout autre sujet, a exprimé son étonnement quand on lui a appris la nouvelle. « Wow, Regus, c’est spécial. C’est sûr que pour passer à travers la pandémie, ça prend beaucoup de cashflow. Ce n’est pas facile, passer au travers de ce qu’on vit », a-t-il dit.

Pour Mathieu Duguay, président de Cogir, le modèle d’affaires des fournisseurs de bureaux partagés les place malheureusement aux premières lignes.

Les bureaux partagés, on les voit surtout au centre-ville, et le centre-ville est déserté.

Mathieu Duguay

« Regus loue des locaux à long terme à des propriétaires pour ensuite les sous-louer plus cher à de petits occupants sur des baux de courte durée. Si ceux-ci sont incapables de payer, ou décident de ne pas renouveler leur bail et que personne ne se pointe pour prendre la place, ça fragilise une business », explique M. Duguay.

Cogir construit actuellement le complexe Humaniti dans le Quartier international. La partie bureaux de la propriété multi-usage a été louée en totalité à WeWork. M. Duguay ne pouvait répondre à nos questions sur ce qu’il advient du bail avec WeWork, puisqu’il est lié par une clause de confidentialité avec la société américaine.

Des arriérés de loyer de 2,2 millions

Pour ce qui est de Regus, il est trop tôt pour savoir ce que l’entreprise fera des locaux qu’elle occupe à Montréal. Le recours aux tribunaux lui donne certainement un pouvoir de renégociation à la baisse des conditions de location.

L’entité américaine de Regus a eu recours au chapitre 11 pour se protéger de ses créanciers à la mi-août.

Dans les documents judiciaires consultés par le quotidien torontois, IWG, société mère de Regus Canada, déclare que la majorité de ses bureaux au Canada ont continué de payer le loyer pendant qu’elle négocie ses baux avec certains propriétaires. La somme des arriérés de loyer s’élève à environ 2,2 millions de dollars.

Toujours dans ces documents, Regus soutient recourir aux tribunaux pour éviter que les propriétaires ne les expulsent de leurs bureaux.

Ce serait une erreur pour un bailleur de ne pas trouver un arrangement avec ce genre de locataire, qui, selon moi, est promis à un bel avenir, bien que, dans l’intervalle, il soit victime des circonstances.

Laurent Benarrous, courtier et associé principal de l’agence Avison Young à Montréal

« Le bureau va cesser d’être un endroit où une personne faisait une heure en transports en commun le matin pour venir s’asseoir derrière un écran et faire ce qu’elle peut faire de la maison », enchaîne M. Benarrous.

« Le bureau est appelé à devenir un endroit pour rencontrer des collègues, des clients, pour échanger et pour faire du transfert de connaissances. C’est exactement ce que proposent les Regus de ce monde », explique-t-il.

M. Benarrous s’attend, après avoir entendu ses propres clients, à ce qu’à terme, les occupants réduisent de 25 à 30 % leur superficie de bureaux. Selon lui, les sommes économisées seront réinvesties dans la qualité de l’emplacement du bureau et dans la qualité des aménagements. En ce sens, des édifices bien situés comme Place Ville Marie, le 1250 René-Lévesque et le 1000 de La Gauchetière ont toujours de beaux jours devant eux.