L’hébergement et la restauration sont les secteurs qui ont été les plus touchés au printemps, avec une perte de 137 000 emplois entre février et mai, révèle un rapport de l’Institut du Québec intitulé L’emploi pendant et après la COVID-19, Analyse et propositions, rendu public mardi. Voici les principaux faits saillants du rapport.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

Hébergement et restauration

« Pertes importantes. Reprise lente. Fermetures possibles. » Voilà le diagnostic posé par l’Institut du Québec après avoir fait l’analyse du nombre de pertes d’emplois enregistrées dans ce secteur, qui a été touché par l’absence de touristes internationaux et par la fermeture des salles à manger. La restauration et l’hôtellerie ont perdu 137 000 emplois au plus fort de la crise. En juillet, période où de nombreux Québécois en vacances ont commencé à sillonner la province et où les restaurateurs ont recommencé à accueillir des clients, « ce secteur [était] toujours à court de 56 500 emplois par rapport à février, une perte de 21 % », rapporte le document. « Il y a eu de la lumière au bout du tunnel un peu pendant l’été [pour les restaurants], souligne Jean-Guy Côté, directeur associé à l’Institut du Québec, au cours d’un entretien téléphonique avec La Presse. C’est un secteur qui a pu profiter du beau temps. Mais l’automne, c’est plus difficile d’être sur la terrasse. Donc, comment ce secteur-là va s’en sortir avec moins d’espace en pieds carrés ? Avec moins d’espace, moins de clients, avec moins de clients, moins d’employés. »

Distanciation physique et PCU

Les deux mètres de distanciation physique notamment imposés aux restaurants, qui ont vu en moyenne leur capacité d’accueil réduite de moitié, nuisent à la reprise dans ce secteur. « Il y a vraiment des questions sur le moyen terme pour cette industrie-là, tant qu’on va être dans un contexte où il y a de la distanciation sociale, soutient M. Côté. Ça, c’est vraiment un gros point d’interrogation. » Dans le rapport, on tient à rappeler que d’autres pays ont imposé des règles moins strictes que le Québec à cet égard. « Par exemple, la norme de distanciation est de 1 mètre en France et en Italie, et de 1,5 mètre en Allemagne. Ces pays imposent également des conditions moins contraignantes qu’au Québec pour certains types d’établissements, comme les restaurants et les cafés, ainsi que pour les manifestations culturelles. » Si le rapport se défend bien de dire au gouvernement d’emboîter le pas à ces pays, on recommande qu’il « suive de près les expériences d’autres pays dans leurs efforts pour concilier la lutte à la pandémie et le retour graduel à une vie sociale et économique ». Par ailleurs, mise en place par le gouvernement fédéral au début de la crise, la Prestation canadienne d’urgence (PCU) pourrait maintenant nuire à une certaine reprise, note-t-on. « Dans certains secteurs, la PCU pourrait être un frein, admet sans détour M. Côté. Il y a certains secteurs qui ont des besoins en ce moment. On parle du secteur manufacturier, de la construction. Un redéploiement de la PCU vers quelque chose de plus ciblé serait peut-être plus logique. »

En mars, avril, mai, la PCU, c’était une bonne idée. On était en état de crise. Mais là, actuellement, dans une reprise qu’on veut forte, il faut trouver de nouvelles façons de supporter les personnes qui malheureusement ne pourront pas se replacer tout de suite.

Jean-Guy Côté, directeur associé à l’Institut du Québec

Autres secteurs touchés

En plus de l’hébergement et de la restauration, la construction, la fabrication, le commerce de gros et de détail, le transport et l’entreposage, les services et l’information ainsi que la culture et les loisirs comptent parmi les secteurs les plus touchés par la pandémie. « [Ces] sept industries, qui comptaient pour 53 % des emplois en février 2020, ont subi 84 % des pertes d’emplois entre février et juillet », souligne le document. Si Jean-Guy Côté disait s’attendre à ce que les emplois qui demandent généralement plus d’interaction humaine, comme les serveurs des restaurants, soient plus touchés, il s’est dit surpris de constater que le secteur du transport et de l’entreposage avait aussi vécu des difficultés. « Ça nous a surpris, admet-il. Le commerce de gros a roulé. Il y a des choses qui ont quand même été transportées sur le territoire. Il y a quand même pas mal de pertes, surtout dans les premières semaines de pandémie. Je pense qu’au début, on cherchait un peu comment gérer tout ça. On était un peu à tâtons. On ne savait pas à quoi s’attendre. Peut-être qu’il y a des gens qui ont été mis à pied temporairement, mais qui sont maintenant revenus. » De février à juillet, le secteur a perdu 12,1 % de ses emplois.

Travailleurs vulnérables

La pandémie n’a pas touché tous les travailleurs de la même façon, constate le directeur associé à l’Institut du Québec. « L’emploi féminin a été plus touché. La reprise semble plus difficile pour les femmes, les jeunes âgés entre 15 et 24 ans, les immigrants récents et tous ceux qui étaient dans le bas de l’échelle », énumère-t-il.

Bonnes nouvelles

Malgré tout, il y a de la lumière au bout du tunnel, croit M. Côté. « Oui, il y a des bonnes nouvelles, assure-t-il. La reprise est quand même là, on l’observe. Donc, les gens [ont retrouvé] leurs emplois dans les trois derniers mois de façon assez agressive. On a récupéré beaucoup d’emplois perdus. Le pire est derrière nous. On est très solidaires. Il y a une très grande proportion de dépenses publiques à l’intérieur de notre économie. Ça fait en sorte qu’on monte peut-être moins vite que d’autres. Mais quand on descend, on descend aussi moins vite. »

Quelques chiffres

Pertes d’emplois entre février 2020 et avril 2020 : 820 500
En juillet, 70 % des emplois perdus avaient été récupérés.
Taux de chômage en février : 4,5 % Taux de chômage en avril : 17 % Taux de chômage en juillet : 9,5 % Source : Institut du Québec