La Ville de Sainte-Julie a annoncé une mesure d’atténuation originale à la lourde congestion à venir lors des travaux de réfection du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, qui vont durer quatre ans. En partenariat avec l’entreprise québécoise Hedhofis, elle offrira des bureaux de télétravail. Une solution qu’aucune autre municipalité n’avait encore proposée jusqu’ici.

Isabelle Dubé
Isabelle Dubé La Presse

Dès le 1er avril 2021, les nouveaux locaux de l’entreprise Hedhofis accueilleront les employés d’entreprises et les travailleurs autonomes non seulement de Sainte-Julie, mais aussi de toute la Rive-Sud. Les espaces de travail seront sécuritaires et adaptés aux mesures de santé actuelles reliées à la COVID-19. Les 7000 pieds carrés, situés à Sainte-Julie, en bordure de l’autoroute 20, seront prêts avant le début des entraves majeures causées par les travaux dans le tunnel prévues en 2022.

La mairesse de Sainte-Julie, Suzanne Roy, a fait l’annonce du projet mardi en compagnie de la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, devant l’édifice en question, le 320, rue De Murano, actuellement en construction.

« Ce projet-là, je suis certaine, si Suzanne est d’accord, que si on peut, on va le copier, a déclaré la ministre lors de la conférence de presse. Alors je souhaite juste une chose, c’est qu’il puisse faire des petits dans les autres municipalités du Québec. »

Une idée de la mairesse

C’est la mairesse Suzanne Roy qui a eu l’idée de ce projet, il y a quatre ans, lorsqu’elle faisait du porte-à-porte avant la campagne électorale.

« Il y a plusieurs travailleurs autonomes qui nous disaient : “Ah ce serait agréable si on avait un endroit pour recevoir des clients, pour faire des conférences, un bureau pour travailler en paix lors des journées pédagogiques.” Quand sont arrivés les travaux au pont-tunnel, on s’est dit qu’il fallait vraiment mettre une solution plus structurante en place. »

Selon les données de la municipalité, 53 % de la population de la couronne sud ne traverse pas les ponts pour aller travailler ou étudier. Une large clientèle est donc attendue pour faire du télétravail.

Contrairement aux espaces de travail partagé situés au centre-ville de Montréal, qui attirent de petites entreprises sans bureaux fixes, Suzanne Roy croit que ce sont de grandes entreprises qui voudront offrir des bureaux satellites à leurs employés qui habitent sur la Rive-Sud. Certaines ont d’ailleurs signifié leur intérêt à la mairesse.

Long parcours du combattant

Bien que la ministre ait souligné qu’elle souhaitait que d’autres villes emboîtent le pas avec ce projet « innovant », la mairesse a confié à La Presse qu’il avait été complexe à mettre en œuvre.

On a rencontré des embûches pour mettre en place ce type d’initiative par le monde municipal. Ça ne faisait pas partie de nos mandats. Il a fallu être imaginatif et travailler de façon différente. C’est pour ça que ç’a pris quelques années.

Suzanne Roy

Comme la Ville ne pouvait pas financer l’initiative, une aide financière de 92 000 $ du gouvernement du Québec a été accordée à la MRC de Marguerite-D’Youville pour la création d’un centre de cotravail à Sainte-Julie dans le cadre du Fonds d’appui au rayonnement des régions (FARR). L’aménagement des locaux par l’entreprise Hedhofis est évalué à 500 000 $.

Même si les locaux de télétravail sont financés en partie par le gouvernement, les locataires n’auront pas de rabais. Les salles de conférence se loueront de 25 $ à 75 $ de l’heure selon l’équipement fourni, et les postes de travail avec accès à l’internet, aux aires communes et au café coûteront de 35 $ à 40 $ la journée. Le président de l’entreprise québécoise Hedhofis affirme que ses tarifs sont de 30 % à 40 % plus bas que ceux des grands acteurs comme WeWork et Regus.

Un partenaire 100 % québécois

« Contrairement aux grands groupes, qui sont principalement au centre-ville, notre stratégie, c’est d’aller dans des marchés secondaires, d’avoir des marchés moins exploités et d’offrir des espaces plus petits, a expliqué Frédéric Deshaies lors d’un entretien en marge du point de presse. On essaie de garder les prix les plus bas possible même si on mise aussi sur le design et sur des espaces agréables. »

Hedhofis offre déjà des bureaux à Longueuil depuis 2017, dans le Vieux-Montréal depuis 2018 et à Brossard depuis peu. Frédéric Deshaies compte explorer prochainement la couronne nord.

D’ailleurs, aucun projet de ce genre n’a été mis en place à Mascouche et à Deux-Montagnes pour atténuer les problèmes de mobilité liés à la construction du Réseau express métropolitain.