On parle beaucoup de relance verte actuellement. Et pas seulement chez les écologistes et les environnementalistes. Un peu partout dans le monde, les gouvernements et les banques centrales et grandes institutions comme le Fonds monétaire international ont souligné la nécessité de profiter de la crise du coronavirus pour mettre le développement économique sur une trajectoire plus soutenable à long terme.

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

La nouvelle ministre des Finances du Canada, Chrystia Freeland, en a fait un engagement lors de sa nomination la semaine dernière.

L’appétit pour l’investissement responsable a aussi augmenté considérablement depuis le début de la pandémie. L’actif des fonds qui investissent dans les entreprises socialement responsables a franchi le cap des 1000 milliards US dans le monde le 30 juin dernier. Entre avril et juin seulement, l’augmentation a été de 71 milliards US, ce qui constitue un record.

Ces fonds dits ESG, qui investissent dans les entreprises qui se préoccupent de leurs profits, mais aussi de l’environnement (E), des valeurs sociales (S) et de la gouvernance (G), ne sont pas une nouveauté, mais ils ont obtenu récemment un coup de main inestimable de la part des grands financiers internationaux.

Plus tôt cette année, BlackRock, le plus important investisseur privé du monde, qui gère 7000 milliards US, a annoncé que les changements climatiques étaient désormais au cœur de ses décisions d’investissement. Ça ne veut pas dire que la firme mettra son argent seulement dans les entreprises vert foncé. BlackRock continuera d’investir dans des entreprises qui ne respectent pas tous les critères ESG, mais qui s’engagent dans la voie de l’amélioration. Elle exigera un plan et des progrès, de même qu’une reddition de comptes auprès des actionnaires. Pas de plan, pas d’argent.

Parce que les marchés des capitaux font avancer le risque futur, nous verrons des changements dans l’allocation des capitaux plus rapidement que nous ne voyons des changements dans le climat lui-même. Dans un avenir proche – et plus tôt que la plupart ne l’anticipent –, il y aura une réaffectation importante du capital.

Laurence Fink, PDG de BlackRock

Le président de BlackRock a été assez clair pour que les entreprises écoutent. BP, Total et d’autres qui ont d’énormes besoins de capitaux ont relevé leurs objectifs de réduction de leur empreinte environnementale. Quand les mammouths de l’investissement tracent la voie, les plus petits suivent. D’où la popularité croissante des fonds ESG, d’autant que leur performance se compare avantageusement à celle de l’ensemble du marché.

Une des façons pour les gouvernements et les entreprises de profiter de cet appétit des investisseurs est d’émettre des obligations dites vertes, les green bonds, qui sont des titres de dette pour financer des projets de développement durable. Les nouvelles émissions d’obligations durables (qui comprennent les obligations vertes) sont en forte hausse depuis un an.

Selon Moody’s, les émissions d’obligations durables ont atteint un record au deuxième trimestre, alors que le monde entier était plongé dans la crise du coronavirus. La firme estime que les préoccupations au sujet de la santé et des inégalités sociales sont plus grandes que jamais, ce qui devrait continuer de favoriser le marché dans les mois à venir.

Une fois la crise passée, il faudra beaucoup d’argent pour relancer l’économie mondiale. Si les gouvernements et les entreprises sont sérieux quand ils parlent de relance verte et de développement durable, ils ne manqueront pas de carburant pour faire avancer la machine.