Une réunion qui a mal tourné jeudi soir, une déclaration-choc du ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon qui a servi de « réveil-matin » et deux parties qui décident de « mettre de l’eau dans leur vin ». Ce sont essentiellement les trois ingrédients qui ont permis de conclure une trêve de sept mois avec les 1125 débardeurs du Port de Montréal, en grève depuis le 10 août et qui reprendront graduellement le travail à compter de dimanche matin.

Karim Benessaieh
Karim Benessaieh La Presse

« Pour la première fois en 50 ans », s’est réjoui le président de l’Association des employeurs maritimes (AEM), Martin Tessier, une conférence de presse réunissant leaders patronal et syndical a été organisée vendredi midi pour cette annonce. M. Tessier était pour l’occasion accompagné du conseiller syndical pour le Syndicat des débardeurs du Port de Montréal, Michel Murray.

« On est très fiers de cette annonce, a lancé d’entrée de jeu M. Tessier. Parfois, il faut être plus intelligent qu’orgueilleux. » Pour M. Murray, les deux parties étaient « d’accord pour dire que la grève avait assez duré ».

Après les vérificateurs

La trêve, conclue au terme de longues heures de négociations dans la nuit de jeudi à vendredi, durera jusqu’au 20 mars 2021. Les deux parties ont convenu de suspendre tout moyen de pression durant ces sept mois. Ils pourront, d’un commun accord, recourir à l’arbitrage si certains points restent en litige.

Quelques heures plus tôt, les 175 vérificateurs du Port, qui avaient rejoint leurs collègues débardeurs en grève le 12 août dernier, avaient annoncé une entente de principe qui sera présentée aux membres le 24 août prochain. Plus rien n’empêche en théorie la reprise des activités normales du Port, où se sont accumulés quelque 11 500 conteneurs depuis le début du conflit. Selon M. Tessier, les premiers navires actuellement immobilisés à Halifax pourraient arriver à Montréal d’ici « deux à trois jours ». « Pour le Port de Montréal, les débardeurs et les vérificateurs, c’est une excellente journée, a résumé M. Tessier. On a touché le fond du baril, et on a rebondi. » Il faudra jusqu’à quatre semaines pour que la situation revienne totalement à la normale, a estimé son homologue syndical, Michel Murray.

Finie l’« obligation de résultat »

Les deux hommes n’ont pas dévoilé aux médias les détails de la trêve conclue. Un des éléments de cette entente est d’ailleurs de ne pas rendre public le détail des négociations qui se dérouleront dans les prochains mois pour le renouvellement de la convention collective, échue depuis décembre 2018.

Interrogé sur les compromis que l’AEM avait accepté de faire, M. Tessier a admis que l’« obligation de résultat », une des conditions patronales qui avait fait échouer une offre syndicale précédente de trêve, avait été abandonnée. « On a décidé de laisser aller la négociation. » Du côté syndical, cette trêve met en veilleuse le droit de grève. « C’est le plus gros morceau qu’on a laissé de côté. »

Les conditions qui ont mené à ce rapprochement sont pour le moins surprenantes. Jeudi soir, les deux parties ont été convoquées par une médiatrice, à la demande du ministère fédéral du Travail, qui a déposé une offre de trêve qualifiée de « non négociable ». Le concept a manifestement ulcéré employeur et syndicat, qui ont préféré organiser une autre rencontre pour définir leurs propres termes.

Une déclaration du ministre québécois de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, selon laquelle l’impact de la grève au Port serait plus grand que la pandémie, a de plus fouetté les représentants des deux parties, ont-ils précisé.

« Des fois, ça prend un réveil-matin, ç’a été la petite clochette », a expliqué M. Tessier.

La paralysie du Port de Montréal a durement affecté des milliers d’entreprises, surtout au Québec et en Ontario, et a fait craindre une pénurie de biens essentiels. Le Conseil de patronat du Québec a rapidement salué l’annonce de cette trêve. « Depuis plus de 10 jours, c’est toute l’économie du Québec qui était prise en otage et qui payait le prix fort de l’arrêt des activités au Port de Montréal, a déclaré par communiqué Karl Blackburn, président et chef de la direction du CPQ. Nous avons demandé sans relâche à toutes les parties prenantes de trouver une solution permettant une reprise des activités du Port et l’annonce (de vendredi) est donc un soulagement pour tous les entrepreneurs du Québec ».