Loin d’avoir ralenti le secteur de la construction, l’arrêt forcé des chantiers pendant six semaines en raison de la pandémie l’a projeté dans l’avenir, estime le PDG de l’un des plus gros acteurs de l’industrie au Canada.

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

« Ç’a été un accélérateur », a soutenu Pierre Pomerleau, jeudi, lors d’une conférence virtuelle organisée par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM).

Quand l’économie du Québec a été mise sur pause, le 13 mars, Pomerleau avait 200 chantiers actifs au Canada. La moitié ont dû cesser leurs activités. « On s’attendait à une perte de productivité majeure, mais ce n’est pas ce qui s’est produit. »

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE

Pierre Pomerleau, PDG de Pomerleau

Pomerleau en a profité pour tester de nouvelles façons de faire, a expliqué l’entrepreneur en réponse aux questions du président de la CCMM, Michel Leblanc. Des robots ont été testés sur les chantiers pour envoyer des images afin que les gestionnaires en télétravail puissent continuer de travailler, six hôpitaux temporaires ont été conçus avec les technologies les plus avancées, surtout la construction modulaire et off site, a-t-il illustré.

Les prochains chantiers de construction auront de moins en moins d’employés. « Ça va devenir des blocs Lego. »

Compte tenu de la rareté de la main-d’œuvre, le recours à la technologie n’est pas un choix, mais une nécessité pour l’industrie de la construction, affirme Pierre Pomerleau. Dans cette course technologique, le Québec n’est pas en retard, selon lui, mais il faudra des investissements importants pour suivre concurrence.

Le redémarrage des chantiers après six semaines d’activités a été un succès, selon Pierre Pomerleau. « Les clients ont accepté l’effet de la crise et, dans certains cas, on a rattrapé le retard », a-t-il indiqué.

Espaces plus grands après la pandémie

Pour un constructeur comme Pomerleau, la pandémie aura des conséquences importantes à long terme. Parce que le télétravail est là pour de bon, « tous les espaces commerciaux et les immeubles de bureaux devront être repensés », estime-t-il.

Pierre Pomerleau n’est pas de ceux qui pensent que toutes les entreprises voudront quitter leurs immeubles de bureaux pour tenir compte de cette nouvelle réalité. Même si c’est difficile à prévoir avec précision, il croit que 30 % des employés resteront en télétravail et que 70 % reviendront dans leur milieu de travail, qui devra offrir plus d’espace à chacun d’entre eux.

Les centres commerciaux auront du mal à se relever de la crise, qui a propulsé le commerce en ligne, et devront se réinventer. Une partie de leur superficie pourrait accueillir les centres de distribution de géants du commerce électronique, suggère Pierre Pomerleau. Il donne l’exemple d’Amazon, qui s’intéresse aux espaces occupés par de grands détaillants, comme Sears ou JCPenney, pour les transformer en entrepôts situés plus près de ses clients.

Le principal effet de la crise sur Pomerleau ne peut qu’être positif, selon son président. Les gouvernements investiront dans les écoles, les hôpitaux et les infrastructures pour relancer l’économie, et les entreprises investiront pour s’adapter au changements de comportement de la clientèle. « La beauté pour nous dans l’industrie de la construction, c’est que lorsque tout s’est arrêté, on savait qu’il y aurait des investissements massifs après, a-t-il convenu. On était plus optimistes que d’autres. »