Hydro-Québec a laissé tomber l’objectif fixé par l’ancien président Éric Martel de doubler les revenus de la société d’État d’ici 2030 pour les faire passer à 27 milliards.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Ça ne fait plus partie des plans, a fait savoir la présidente-directrice générale d’Hydro-Québec, Sophie Brochu, qui a comparu mardi en commission parlementaire pour la première fois depuis sa nomination à la tête de la société d’État.

« Notre ambition, c’est le bottom line, c’est pas tellement le top line », a-t-elle soutenu devant les parlementaires, tout en se défendant de critiquer son prédécesseur.

Éric Martel avait lancé peu après son arrivée en poste un programme d’expansion qui avait marqué les esprits. Son but était de doubler les revenus annuels d’Hydro-Québec et d’augmenter ses profits de 3 à 5 milliards, grâce aux exportations et aux investissements à l’international.

C’était une période prépandémie avec des hypothèses d’acquisition sur le marché international, a fait valoir Mme Brochu. « Aujourd’hui, je ne sais pas comment on pourrait sortir de notre chapeau un chiffre comme ça. »

Sur le marché international, le contexte était déjà difficile avant la pandémie et l’est encore plus aujourd’hui, selon la PDG d’Hydro-Québec. « Aujourd’hui, ce sont les fonds de pension qui achètent les infrastructures et ils prennent un opérateur local. C’est ça, la recette, comme dirait Daniel Pinard », a expliqué Sophie Brochu.

Selon elle, l’expertise d’Hydro-Québec a plus de valeur ailleurs que dans ce type d’investissement strictement financier.

Discussions avec Terre-Neuve

Au député libéral Saul Polo, qui reprochait à Hydro-Québec d’avoir réduit ses ambitions, la PDG a fait valoir que cette ambition s’exprimerait autrement. Dans les exportations, d’abord, avec l’État du Massachusetts, dont le dossier vient d’avancer puisque le projet ne sera pas soumis à un référendum dans le Maine.

Il s’agit d’un dénouement « extrêmement heureux, a-t-elle dit, mais on ne tient rien pour acquis parce qu’il reste des haies à franchir avant d’entrer en construction ».

Hydro déploie aussi beaucoup d’efforts pour conquérir les marchés voisins, y compris Terre-Neuve, malgré le contentieux qui existe entre les deux provinces.

On est à pied d’œuvre avec New York, le Nouveau-Brunswick et l’Ontario, et on l’espère bientôt avec Terre-Neuve.

Sophie Brochu, PDG d’Hydro-Québec

Les ambitions internationales d’Hydro-Québec passeront aussi par Innergex, dans laquelle la société d’État a investi 600 millions pour soutenir sa croissance à l’étranger.

« Avant d’aller acheter un distributeur dans le trouble en Amérique du Sud, je vais m’occuper des ménages à faibles revenus chez nous », a résumé la PDG.

Hydro-Québec travaille actuellement avec le gouvernement à la révision de son plan stratégique. « On va revoir notre courbe de croissance », a indiqué Mme Brochu. Elle prévoit pour l’année en cours un bénéfice net « un peu au nord de 2 milliards », en baisse par rapport à la cible fixée sous le règne de son prédécesseur, à près de 3 milliards.

Maison intelligente : Hydro donne le feu vert

Hilo, nouvelle filiale d’Hydro-Québec, lance ce mercredi son service de maison intelligente dans les principales villes du Québec, après un projet pilote concluant. Les clients qui le désirent pourront optimiser leur consommation d’électricité à l’aide d’outils de domotique, comme des thermostats, des interrupteurs, des gradateurs et une station météo. En échange, ils recevront une récompense en argent de 90 $ à 100 $ par hiver de la part d’Hydro-Québec. Pour lancer ses activités, Hilo offre des rabais sur les produits et l’installation gratuite des appareils aux clients qui s’engagent à réduire leur consommation pendant les périodes critiques de l’hiver. Un rabais est aussi offert aux 3500 premiers clients qui s’inscriront à ce nouveau service offert par la société d’État, en collaboration avec des partenaires comme Stelpro.

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