Depuis Tchernobyl et Fukushima, l’énergie nucléaire n’a pas la cote et plusieurs pays tentent de s’en débarrasser. Mais cette source d’énergie controversée est loin d’avoir disparu de la carte du monde. Elle est en augmentation dans plusieurs pays et pourrait même faire un grand retour… au Canada.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

L’Alberta et trois autres provinces canadiennes, la Saskatchewan, l’Ontario et le Nouveau-Brunswick, viennent de s’entendre pour développer une nouvelle génération de réacteurs nucléaires appelée SMR, pour Small Modular Reactor. L’objectif est de remplacer le charbon et le gaz naturel pour produire de l’électricité par une source qui ne produit pas de gaz à effet de serre et qui contribuerait à l’atteinte des objectifs du Canada en matière de climat.

Le rapport au nucléaire est très polarisé dans le monde. Il y a les pays où l’atome est devenu le grand Satan et qui font tout pour s’en éloigner. C’est le cas de l’Allemagne, qui s’est engagée à fermer tous ses réacteurs nucléaires en 2022. D’autres pays, comme la France, voudraient réduire leur dépendance et l’Italie a renoncé définitivement à l’énergie nucléaire.

Après Fukushima, le Japon a arrêté la plupart de ses centrales, mais c’est le charbon qui a pris le relais pour produire l’électricité dont le pays a besoin. Pour des raisons environnementales et surtout par nécessité, le nucléaire reprend graduellement du service au Japon.

C’est aussi pour combler des besoins en énergie croissants, sans augmenter les émissions de GES, que de plus en plus de pays se tournent vers le nucléaire, malgré le problème que pose le stockage des déchets radioactifs.

L’énergie nucléaire fournit actuellement environ 10 % de l’électricité consommée dans le monde. Le nombre de réacteurs en activité est passé de 450 à 443 de 2018 à 2019, une baisse qui reflète la fermeture des plus anciennes installations en Europe et en Amérique du Nord.

Ailleurs dans le monde, c’est une autre histoire. Une cinquantaine de nouvelles centrales nucléaires sont en construction. La Chine et l’Inde sont les pays qui ont le plus grand nombre de nouveaux projets. Il y en a d’autres : la Corée du Sud, Taiwan, le Pakistan et l’Iran misent aussi sur l’énergie nucléaire pour combler leurs besoins en énergie.

Des avancées technologiques

La filière nucléaire évolue et le monde a tiré des leçons des catastrophes survenues dans le passé. La technologie permet maintenant de construire des réacteurs plus petits, comme les SMR, qui permettraient par exemple d’alimenter des collectivités isolées ou de servir de batterie pour équilibrer des sources d’énergie intermittentes comme le solaire et l’éolien.

Contrairement aux centrales nucléaires existantes, de grosses installations qui peuvent produire 1000 mégawatts d’électricité, les SMR sont des installations plus petites et moins chères à construire. Leur production peut varier entre 200 et 300 mégawatts. La nouvelle génération de réacteurs nucléaires pourrait même réutiliser les rejets des centrales existantes, ce qui atténuerait le problème des déchets.

On peut comprendre cet intérêt renouvelé pour la filière nucléaire. L’Alberta, qui brûle du charbon pour produire son électricité et exploite ses sables bitumineux avec du gaz naturel, est sous pression pour réduire ses émissions. Dans beaucoup de pays en émergence, les solutions de rechange sont rares. Ce n’est pas tout le monde qui dispose d’immenses surplus d’énergie renouvelable.