(Ottawa) Alors que le conflit du bois d’œuvre entre le Canada et les États-Unis dure depuis près de cinq ans, la National Association of Home Builders (NAHB), une influente organisation américaine, implore l’administration Trump de régler ce litige dans les plus brefs délais, sans quoi toute reprise économique aux États-Unis pourrait être mise en péril.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Dans une lettre datée du 7 août expédiée au président Donald Trump et à son conseiller économique Lawrence Kudlow, la NAHB déplore une flambée des prix du bois d’œuvre de près de 80 % aux États-Unis depuis la mi-avril.

Pis encore, la forte demande dans le secteur de la construction domiciliaire depuis le début de l’année a aussi provoqué une pénurie de bois, mettant ainsi fortement à risque la reprise économique aux États-Unis, d’autant que la construction résidentielle constitue un ingrédient essentiel de toute relance.

« Le potentiel de croissance dans la construction de maisons qui permettrait de relancer l’économie sera handicapé tant et aussi longtemps que le bois d’œuvre demeurera cher et rare », affirme Gerald M. Howard, PDG de la NAHB, dans sa lettre au président Trump.

« La NAHB croit que la Maison-Blanche peut jouer un rôle constructif pour atténuer cette menace grandissante qui pèse sur notre secteur et sur l’économie en invitant les entreprises de bois d’œuvre d’ici à augmenter leur production et en faisant de la conclusion d’un nouvel accord sur le bois d’œuvre avec le Canada une priorité », ajoute M. Howard.

Aux États-Unis, la demande de bois d’œuvre résineux dépasse la capacité de production des scieries américaines. Résultat : l’industrie de la construction de maisons et de logements dépend des exportations canadiennes pour combler ses besoins.

Alors que le pays lutte pour se remettre des effets de la pandémie de COVID-19, le secteur domiciliaire a été une lueur d’espoir pour l’économie américaine, en particulier la construction de maisons unifamiliales.

Gerald M. Howard

« Les permis de construction sont en hausse de 3,4 % durant les six premiers mois de 2020 comparativement à la même période de 2019. La construction est demeurée un service essentiel, malgré les obligations de confinement », a d’ailleurs noté le PDG de la NAHB.

Il conclut sa missive en priant de nouveau le président Trump de « retourner à la table des négociations avec le Canada » pour trouver un accord sur le bois d’œuvre qui permettra de mettre fin aux tarifs de plus de 20 % en moyenne sur les exportations canadiennes.

Responsable du dossier des relations commerciales avec les États-Unis au sein du gouvernement Trudeau, la vice-première ministre Chrystia Freeland a déclaré à La Presse que la position de la NAHB constituait une lueur d’espoir dans un litige qui a déjà duré trop longtemps.

« Nous continuons notre travail devant les tribunaux, notamment ceux de l’ALENA, où on a eu du succès. Mais les prix du bois d’œuvre sont très, très élevés. Les leaders des industries américaines de la construction ont demandé à l’administration américaine de négocier avec nous. Les tarifs sur les produits canadiens dont dépend l’économie américaine comme le bois d’œuvre et l’aluminium, au bout du compte, ils font mal à l’économie américaine et aux consommateurs américains. Et aujourd’hui, les industries américaines ont besoin d’aide. Elles n’ont pas besoin de taxes ! », a lancé Mme Freeland.

Dernier accord en 2015

Le dernier accord commercial sur le bois d’œuvre entre les deux pays a pris fin en octobre 2015, alors que le Canada était en pleine campagne électorale. Dix-huit mois plus tard, le département du Commerce des États-Unis a imposé des droits compensateurs de 20 % en moyenne sur les exportations canadiennes au motif que le Canada subventionnerait de manière inéquitable ses producteurs de bois de construction.

Le Canada a déposé des plaintes en vertu des dispositions de l’ALENA concernant le règlement des différends commerciaux et auprès de l’Organisation mondiale du commerce.

En septembre dernier, le Canada a remporté une première victoire dans ce dossier. En effet, le groupe spécial constitué en vertu du chapitre 19 de l’ALENA a statué que la Commission du commerce international des États-Unis avait eu tort de décréter que les exportations canadiennes avaient causé un préjudice à l’industrie américaine du bois d’œuvre. Mais les autorités américaines n’ont toujours pas mis fin aux tarifs.

Une lettre bien accueillie au Québec

Joint par La Presse, le président et directeur général du Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), Jean-François Samray, s’est dit heureux de voir que cet important dossier apparaît de nouveau sur l’écran radar à la Maison-Blanche à Washington, courtoisie de la NAHB.

« C’est clair que dans toute négociation, si tu as des alliés de l’autre côté, ça aide à regarder les choses différemment. En politique, on dit souvent qu’il y a des faits nouveaux. Et la position de la NAHB est un fait nouveau qui peut amener une seconde réflexion », a-t-il avancé.

« Nous sommes tout à fait d’accord avec la position de la NAHB. Nous avons un accord de libre-échange entre les deux pays. Si nous avons un accord de libre-échange, il faut qu’il se vive au quotidien pour que cela fonctionne. Il faut donc que le conflit se règle, tant pour les entreprises canadiennes et québécoises que pour les consommateurs américains. Car au bout du compte, si le prix des maisons augmente, ça diminue leur budget discrétionnaire pour faire autre chose et donc ça va avoir un impact sur la relance à long terme. Et ce n’est bon pour personne », a-t-il ajouté.

M. Samray a rappelé que les industries québécoises détiennent environ 5 % du marché américain et qu’elles respectent en tout point les règles du commerce international.