Dans un geste exceptionnel, la Financière agricole du Québec versera une aide accélérée de 21,3 millions de dollars pour épauler rapidement plus de 4000 producteurs de foin durement frappés par une sécheresse historique qui a fait exploser le prix des balles.

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

En raison d’un déficit de précipitations de 25 % à 75 % par rapport aux normales de mai et de juin, la première fauche de foin a été catastrophique dans l’ensemble du Québec.

La Financière agricole a ainsi enregistré, depuis le début de l’année, 2488 avis de dommages chez les producteurs de foin, contre 209 à pareille date l’an dernier. À titre comparatif, au cours des cinq dernières années, la société d’État a enregistré annuellement, en moyenne, 2178 avis de dommages pour tous les types de cultures agricoles confondus.

L’ampleur de la crise a donc motivé la Financière agricole à être « proactive » en devançant le versement de la première portion des sommes d’indemnisations prévues à son programme d’assurance récolte foin et pâturage.

« On peut affirmer dès maintenant qu’il s’agit d’un geste exceptionnel qui sera apprécié des entreprises concernées. Il faudra toutefois attendre les paiements finaux de décembre pour savoir si les pertes sont entièrement couvertes », a indiqué à La Presse Patrice Juneau, porte-parole de l’Union des producteurs agricoles du Québec (UPA), qui représente les 42 000 agriculteurs de la province.

La culture du foin — qui est composé de trèfle, de luzerne et de graminées — est la plus grande en importance au Québec en matière de superficie. Selon l’UPA, une balle de foin s’écoule présentement à un prix qui oscille entre 80 et 120 $. « Il s’agit au moins du double du prix courant », déplore M. Juneau.

C’est pourquoi, dans son paiement, la Financière agricole inclura une indemnité pour la valeur de remplacement du foin pour les régions qui ont accumulé des pertes régionales supérieures à 15 %.

C’est notamment le cas au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Fin juillet, le président de la fédération régionale de l’UPA, Mario Théberge, évaluait les pertes de rendement entre 30 % et 50 %, selon les secteurs – « 2020, on va s’en rappeler », a-t-il soupiré en entrevue. Il espère que les rendements seront meilleurs lors de la deuxième fauche, à partir de la mi-août. « Mais le mal est fait », pense-t-il.

Deux mois « très difficiles »

Selon les derniers sommaires météorologiques d’Environnement Canada, le début de l’été a été très sec. La majorité des régions de la province n’ont reçu qu’entre 25 % et 50 % des précipitations normales en mai, tandis qu’en juin, le sud de la province a enregistré un déficit de précipitations entre 25 % et 75 %.

Ç’a été deux mois très difficiles. Est-ce que c’est hors de l’ordinaire ? Oui.

Simon Legault, météorologue d’Environnement Canada

Ce n’est pas la première fois que le Québec est frappé par une pénurie de foin. En 2018, la province a connu son été le plus chaud depuis 146 ans, provoquant des sécheresses catastrophiques, notamment dans le Bas-Saint-Laurent, en Gaspésie et au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Le problème, explique Simon Legault, c’est qu’année après année, les effets des déficits hydriques sont cumulatifs. « La terre va donc moins produire », explique-t-il.

« Ça fait quelques années que c’est assez sec dans plusieurs régions. La terre a une espèce de réserve d’eau plus profonde, mais là, ce n’est pas le cas. Ça vient à s’épuiser, donc il y a de moins en moins d’eau disponible. »

Et les autres cultures ?

Carottes, navets, betteraves, radis : la sécheresse a aussi grandement touché le secteur maraîcher. Les cultures les plus touchées sont celles des légumes racines.

« Ce n’est pas des produits qui sont normalement irrigués, donc beaucoup de producteurs n’étaient pas équipés », explique le directeur général du regroupement, Jocelyn Saint-Denis.

Un sondage mené à la mi-juillet par l’Association des producteurs maraîchers du Québec auprès de 24 producteurs de légumes racines et d’oignons révèle que la majorité d’entre eux rapportent déjà des rendements inférieurs.

La production la plus touchée est celle des carottes : 95 % des producteurs sondés ont essuyé des pertes. Dans le pire des cas, un producteur a même perdu 88 % de ses semis.

« Un plant de carotte, c’est très fragile quand ça pousse. C’est un fil qui sort du sol, donc la chaleur de la terre avec le manque d’eau fait que les semis ont séché dans le champ et qu’ils n’ont pas levé. »

Caprices de dame Nature, pénurie d’environ 2400 ouvriers agricoles étrangers en raison de la pandémie de COVID-19, manque de motivation de la main-d’œuvre locale qui préfère toucher la Prestation canadienne d’urgence : 2020 restera dans les annales, dit-il. « Elle est unique et on va s’en souvenir. »

« Quand je regarde tout ce que les producteurs ont subi depuis le début de la saison, je leur lève mon chapeau, mais je peux dire qu’il y a beaucoup de fatigue, de stress et de détresse. »