L’industrie du camionnage est la première victime de la paralysie totale des activités au port de Montréal, mais ce n’est pas la seule. Le nombre d’entreprises qui en souffriront se multipliera à mesure que les conteneurs remplis de médicaments, de chaussures, de vins et de biens essentiels pour la saison d’hiver s’empileront sur les quais.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Hier en fin de journée, le Port de Montréal estimait à 40 000 le nombre de conteneurs EVP (équivalent vingt pieds) bloqués sur les quais ou détournés en raison du conflit. Huit navires ont choisi de faire route vers les ports d’Halifax, de Saint John, au Nouveau-Brunswick, et de New York, a fait savoir la porte-parole du Port de Montréal, Mélanie Nadeau.

Pour les nombreuses entreprises de camionnage qui font leur pain et leur beurre avec le transport de conteneurs, c’est une catastrophe, estime le président-directeur général de l’Association des camionneurs du Québec, Marc Cadieux. « On a déjà eu une grève ferroviaire et une pandémie qui ont fait mal à notre industrie, alors il y a de la détresse et du découragement chez nos membres », commente-t-il.

Des entreprises de camionnage ont jusqu’à 70 % de leurs activités qui dépendent du port, a-t-il précisé. « Elles n’auront pas d’autre choix que de licencier leurs employés, il n’y a plus de travail. »

Les entreprises ne peuvent pas changer facilement leurs routes pour aller chercher la marchandise ailleurs, dans un autre port, par exemple. « Certaines le feront peut-être, mais ça ne se fait pas en claquant des doigts, explique Marc Cadieux. On ne peut pas aller dans n’importe quel port comme ça, ça prend des autorisations. »

Pour Conteneurs Nova, une entreprise de Montréal spécialisée dans la logistique d’importation et d’exportation, il n’y a pas de plan B possible. « On ne peut pas se débrouiller autrement, on ne peut pas travailler », résume sa présidente, Diane Sirois.

Les médicaments sont bloqués

Toutes les marchandises sont bloquées, y compris des biens essentiels comme des médicaments et des produits pharmaceutiques, déplore Mme Sirois. Des chaînes de production devront s’arrêter, si certains intrants ne leur sont pas livrés dans les prochains jours.

Tout le monde a le droit d’être payé, mais pas de paralyser le pays. C’est inacceptable.

Diane Sirois, présidente de Conteneurs Nova

La Société des alcools du Québec est le plus important client du Port de Montréal. Certains de ses produits sont bloqués dans des vraquiers et des conteneurs qui attendent d’être déchargés. La société d’État avait toutefois devancé des commandes pour garnir ses réserves en prévision du conflit. Elle prévoit ne manquer de rien, à moins que le conflit dure « des semaines », a indiqué son porte-parole, Yann Langlais Plante.

Résolu inquiet pour ses expéditions de papier

Toutes les activités du port de Montréal sont paralysées, à l’exception du transport et de la manutention des grains et du transport de conteneurs à destination de Terre-Neuve, qui sont considérés comme des activités essentielles. Les terminaux pétroliers fonctionnent normalement, parce qu’ils sont opérés par les employés des entreprises pétrolières.

En plus des entreprises qui attendent de la marchandise, celles qui en exportent sont aussi très inquiètes. C’est le cas de Produits forestiers Résolu, dont la production est bloquée au port de Montréal.

On est préoccupés parce qu’on a des exportations outre-mer qui ne peuvent pas partir.

Louis Bouchard, directeur principal des affaires publiques et des relations gouvernementales de Produits forestiers Résolu

« Il ne faudrait pas que ça s’éternise », souhaite M. Bouchard. Si le conflit devait perdurer, Résolu pourrait tenter de trouver des solutions de remplacement, même si c’est « un mal de tête logistique », a-t-il indiqué.

Pour plusieurs entreprises, le plan B pourrait être le train, mais la demande risque fort de dépasser la capacité des services ferroviaires. Le CN dit qu’il s’ajuste à la situation.

« Nous ajustons nos façons de faire afin de continuer d’offrir un service à nos clients », a fait savoir un porte-parole dans un message écrit. « Le CN met à profit son réseau en utilisant les terminaux portuaires d’Halifax et d’ailleurs sur la côte est pour continuer à importer et exporter des marchandises. »