La section Affaires de La Presse accorde un espace à une lettre d’opinion d’un acteur du monde des affaires. Entrepreneurs et gestionnaires, la parole est à vous. Soulevez des questions, faites partager vos expériences, proposez des solutions, exprimez vos opinions.

George W. Grant
Investisseur, fondateur de Brossard Bagel et courtier immobilier agréé

Depuis plusieurs semaines, la vague George Floyd suit son cours dans notre société, et plus précisément dans le monde des affaires. Alors que les annonces de recrutement de personnes membres de minorités visibles prennent leur envol, une question demeure pour beaucoup : mais pourquoi recruter une personne en se basant sur sa couleur de peau ?

Alors que le débat est moral pour beaucoup, pour ma part, il s’agit plutôt d’une question économique. En affaires, ce que l’on recherche tous, ce sont les occasions en or. Qu’il s’agisse de nouveaux produits qui pourraient plaire à des clients ou d’employés qui excellent à leur travail, peu importe, on recherche cette parfaite occasion qui fera augmenter notre chiffre d’affaires.

Alors, posez-vous la question : lorsque vous mettez de côté le curriculum vitæ d’un Traoré, Daoud ou tout autre nom à consonance étrangère, que manquez-vous ? Cet employé aurait-il pu améliorer votre entreprise pour le mieux, vous aider à augmenter votre chiffre d’affaires ou démontrer une loyauté inégalable, qui aurait été payante à long terme ?

Un atout indéniable

Depuis plus de 30 ans, j’ai recruté des centaines d’employés, qui m’ont permis de faire croître mon chiffre d’affaires. La plupart étaient et sont d’origine étrangère. Ne vous détrompez pas, je ne cherche pas à tout prix à recruter des minorités visibles, mais je donne une chance à tous, peu importe la couleur de peau, le sexe ou le pays d’origine. Et mon constat est très simple : une personne issue d’une minorité visible voudra toujours prouver à son employeur qu’il a fait le bon choix. Pourquoi ? Car ses perspectives d’emploi sont plus faibles que la moyenne.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Par ailleurs, tristement, la plupart sentent qu’ils portent le poids de leur communauté sur leur dos. De ce fait, lorsqu’ils travaillent, ils le font pour eux, certes, mais aussi dans l’espoir que leur discipline servira d’exemple, et permettra d’ouvrir des portes à d’autres qui leur ressemblent. Hélas, en 2020, le travail d’un membre d’une minorité visible est toujours représentatif de l’ensemble du groupe. Dans les faits, ces constats sont tristes, mais pour un entrepreneur, c’est une ressource indéniable. Quel homme ou quelle femme d’affaires refuserait un employé qui veut travailler dur ?

Alors, je le réitère, la prochaine fois qu’un curriculum vitæ passe sur votre bureau et que vous hésitez à recruter un membre d’une minorité visible, demandez-vous : qu’est-ce que je risque de manquer ? Mon entreprise pourrait-elle s’améliorer grâce à cet employé ? Est-ce que je m’apprête à mettre de côté un employé en or ? Après tout, votre perte pourrait être ce que vous n’avez pas acquis.