Hydro-Québec remet en question le raccordement des Îles-de-la-Madeleine au réseau de la société d’État au moyen d’un câble sous-marin, à cause d’une augmentation importante des coûts.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

« Nous anticipons une augmentation de coûts assez importante pour que nous prenions le temps de mettre à jour nos connaissances sur les autres options », vient de faire savoir Hydro-Québec aux Madelinots, qui croyaient ce dossier réglé, après des années de tergiversations.

Il y a deux ans, Hydro-Québec a annoncé avoir retenu le scénario de raccordement au moyen de câbles sous-marins de 225 kilomètres de longueur entre Percé et Cap-aux-Meules. Le coût de ce projet n’a jamais été précisé, mais les estimations qui ont circulé variaient entre 500 millions et 1 milliard de dollars.

La décision était basée sur des études qui, une fois remises à jour, « montr[ai]ent que les fonds et les courants marins [avaient] considérablement changé au fil des ans et que l’érosion des berges s’[était] accélérée ».

Ces changements ont une incidence sur les aspects technique et financier du projet, explique la société d’État, qui veut examiner d’autres solutions. Les autres options sont notamment l’éolien et le solaire, « des filières qui sont devenues plus matures », précise Cendrix Bouchard, porte-parole d’Hydro-Québec.

Le câble sous-marin demeure l’option privilégiée, assure la société d’État. « On se donne la chance de revoir toute l’évaluation », indique son porte-parole.

Télécommunications à risque

Joël Arseneau, qui a été maire des Îles avant de devenir député du Parti québécois à l’Assemblée nationale, connaît bien le sujet. Il ne voit pas quelle autre option pourrait assurer la sécurité d’approvisionnement en électricité. « Le solaire et l’éolien nous ont toujours été présentés comme complémentaires à une source d’énergie principale », observe-t-il.

Il rappelle que la décision d’Hydro-Québec de relier les Îles au continent a justifié le choix du gouvernement de François Legault de ne pas remplacer les câbles de télécommunications qui desservent l’archipel et qui ont atteint la fin de leur vie utile.

De nouveaux câbles de télécommunications devaient être installés en même temps que le lien sous-marin d’Hydro-Québec, prévu pour être fonctionnel en 2025.

Les deux câbles optiques qui permettent aux Madelinots de communiquer par téléphone et d’utiliser l’internet ont déjà fait l’objet de trois bris majeurs. Lors de l’évènement le plus récent, à l’automne 2018, un câble a été sectionné lors d’une tempête et le deuxième, qui devait prendre la relève, est tombé en panne. L’archipel a été coupé du monde pendant des heures.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

À l’automne 2018, un câble a été sectionné lors d’une tempête et le deuxième, qui devait prendre la relève, est tombé en panne. L’archipel a été coupé du monde pendant des heures.

Depuis, « tous les automnes, nous sommes dans une vulnérabilité extrême », déplore Joël Arseneau. Il souhaite que le temps de réflexion que s’accorde la société d’État ne retarde pas la solution au problème vital des télécommunications. « Je suis sceptique, mais je prends sa parole comme un engagement à respecter l’échéancier prévu », dit-il.

L’électricité des 12 000 habitants des Îles-de-la-Madeleine est générée par une centrale au mazout qui coûte cher et pollue beaucoup. Toutefois, les résidants y tiennent parce qu’elle fournit 70 emplois à temps plein et bien rémunérés.

La décision de relier l’archipel au réseau d’Hydro-Québec avait été justifiée par des motifs économiques et environnementaux. Les émissions de gaz à effet de serre devaient par exemple être réduites de 94 %. La société d’État s’était engagée à maintenir la centrale au mazout comme centrale de réserve.