Au troisième jour de la grève des débardeurs du Port de Montréal, ce mercredi, leur employeur a pris la parole pour rappeler les conditions de travail « parmi les meilleures au Québec » dont bénéficient les grévistes.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Muette depuis le début des négociations pour le renouvellement de la convention collective échue depuis le 31 décembre 2018, l’Association des employeurs maritimes a délégué mercredi un porte-parole pour lever le voile sur sa position.

« Avec un secondaire 5, les débardeurs obtiennent un revenu moyen de plus de 140 000 $ », fait valoir d’entrée de jeu celui-ci, Louis Aucoin.

« Le taux de rétention, poursuit-il, il n’y a pas beaucoup d’entreprises qui peuvent se vanter de ça, est de 100 %. Il n’y a personne qui veut partir de cet emploi. »

La question des horaires, mise de l’avant par le syndicat, est au cœur des négociations, convient le porte-parole. Il s’élève toutefois contre la façon dont l’enjeu est présenté par le syndicat. Celui-ci faisait notamment valoir qu’en raison de la montée en popularité du Port de Montréal, un horaire qui prévoyait 19 jours de disponibilité sur 21 constitue maintenant, dans les faits, un horaire où ces 19 jours sont tous travaillés.

« Ça n’arrive jamais, rétorque M. Aucoin. En fait, il y a eu 250 épisodes sur une possibilité de 15 000 dans la dernière année. Est-ce que ça arrive ? Oui. Est-ce que c’est fréquent ? Non. »

Selon le porte-parole de l’employeur, environ 80 % des journées de travail des débardeurs sont constituées de 5 heures et 2 minutes de travail effectif, et plusieurs autres comptent moins de quatre heures.

La grande disponibilité exigée de la part des travailleurs « est le contrat tacite » avec eux, note M. Aucoin. « En échange, ils ont des conditions de travail adéquates. S’ils veulent être moins disponibles, ils ne peuvent pas dire en même temps qu’ils veulent les mêmes conditions, voire plus. »

L’AEM réfute aussi les allégations du syndicat à l’effet qu’un de ses membres a fait appel à des « briseurs de grève ». Ceux-ci sont des cadres et la loi permet leur utilisation, rappelle-t-il.

Dans une entrevue à La Presse plus tôt cette semaine, le conseiller syndical Michel Murray, tout en reconnaissant sous réserve de vérifications qu’il s’agissait vraisemblablement de cadres, n’avait pas hésité à qualifier la décision de leur faire effectuer des tâches normalement accomplies par les syndiqués de provocation « épouvantable » et de « déclaration de guerre ».

Le porte-parole patronal dénonce le recours à une grève dont les victimes, estime-t-il, seront soit des travailleurs d’autres industries, soit les débardeurs eux-mêmes, en raison de la décision possible de transporteurs de privilégier d’autres ports.

« C’est une grève totalement absurde. Ce conflit ne va pas se régler sur la rue Notre-Dame (NDLR : où les manifestants font du piquetage), mais à la table de négociations. »