La pandémie continue de propulser les ventes de Loblaw. Mais les défis demeurent nombreux. La crise sanitaire lui coûte si cher que les profits ont reculé de 41 % au deuxième trimestre. Et même si les consommateurs recommencent tranquillement à reprendre leurs vieilles habitudes, les chaînes Pharmaprix et Maxi continuent d’être mises au défi.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

Coûts énormes

De la mi-mars à la mi-juin, la COVID-19 a entraîné pour Loblaw des dépenses additionnelles de 282 millions de dollars. De cette somme, près de 180 millions ont été versés aux employés en primes et bonis. L’entreprise a également dépensé pour accroître ses services en ligne, ses effectifs en magasin, la fréquence des nettoyages, etc. Malgré des revenus consolidés de 11,96 milliards en hausse de 7,4 %, le bénéfice net a dégringolé de 41 % (de 286 à 169 millions). Les analystes du secteur n’ont pas été surpris ; par action, le bénéfice ajusté s’établit à 0,74 $, alors qu’ils anticipaient en moyenne un résultat de 0,71 $. L’annulation de la prime de 2 $ l’heure en juin fait dire à l’analyste Chris Li, de Desjardins, que « la profitabilité va s’améliorer » au prochain trimestre.

Deux réalités

Les restaurants étant majoritairement fermés au cours de la période, les ventes des supermarchés de Loblaw ont bondi comme jamais, de 11,3 %. L’achalandage était moindre, mais à la caisse, les paniers arrivaient plus remplis, et le prix moyen des produits a fait un saut de 4,6 %. Dans les pharmacies, le scénario est bien différent. Les clients y ont réduit leurs dépenses. La baisse du chiffre d’affaires est de 0,9 %, principalement à cause d’un recul de 6 % des ventes de médicaments sur ordonnance. « Les gens passent à travers leurs [médicaments] achetés au premier trimestre [ils avaient fait des réserves] et ils ont moins visité les médecins et les hôpitaux », a expliqué la présidente, Sarah Davis, au cours d’une téléconférence avec les investisseurs.

Optimisme envers Maxi

Pour réduire leurs déplacements en magasin, les Canadiens privilégient les enseignes qui proposent la plus grande variété de produits. Les chaînes à bas prix comme Maxi, à l’offre limitée, ont donc perdu des parts de marché. C’est un coup dur pour Loblaw dont 60 % des ventes proviennent de ce créneau. « Nous sommes exposés de manière disproportionnée au transfert des ventes », a convenu Mme Davis. Mais à son avis, Loblaw est « particulièrement bien placée pour le retour du balancier ». D’ailleurs, le mouvement est déjà commencé, les clients reviennent, a assuré la dirigeante. « Et nous nous attendons à ce que cela s’accélère si l’économie se resserre de manière significative. »

+ 18,8 % : ventes comparables de la division traditionnelle (Provigo)

+ 4,9 % : ventes comparables de la division à bas prix (Maxi)

Près de 300 % d’augmentation

Les ventes en ligne ont explosé de 280 % au cours du trimestre (épicerie, pharmacie et vêtements Joe Fresh). « Depuis le début de l’exercice, nous avons atteint 1,2 milliard de dollars de ventes en ligne, ce qui surpasse notre résultat de 2019 qui était de 1 milliard de dollars », a précisé Mme Davis. La part des revenus provenant de l’internet est ainsi passée de 2,1 % à 5 % actuellement. La majorité des commandes sont ramassées en magasin, mais la popularité de la livraison croît « plus rapidement ».

Mascaras et rouges à lèvres

La chaîne Pharmaprix mise depuis des années sur les cosmétiques de luxe pour séduire la clientèle féminine. Or, avec le télétravail, les ventes de rouges à lèvres et mascara reculent. De plus, en magasin, il n’est plus possible de tester les couleurs, ce qui n’encourage guère les achats. Les clientes ont préféré se procurer des produits pour la peau, a précisé Mme Davis. La partie avant des pharmacies affiche tout de même une augmentation de ses ventes de 3,8 % grâce à un plus grand engouement pour la nourriture, notamment. Pour l’avenir, la présidente est confiante. « Je pense que les gens sortiront à nouveau et voudront toujours être beaux. Alors je pense que ça reviendra. »