L’autocueillette de fraises d’été, dont la saison a pris fin il y a quelques jours, a généré un achalandage sans précédent cette année. Après avoir craint que leur récolte ne soit compromise, plusieurs producteurs de fraises ont accueilli dans leurs champs un nombre record de cueilleurs.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

« On ouvrait l’autocueillette à 7 h. Dès 6 h 30 le matin, il y avait déjà une file d’attente. Je n’avais jamais vu ça », raconte Francine Héroux, copropriétaire de la Ferme horticole Gagnon, en Mauricie.

Elle qualifie « d’exceptionnel » l’achalandage dans ses champs pendant les deux semaines où sa ferme a été ouverte pour l’autocueillette. Mme Héroux calcule une augmentation d’environ 20 % à 30 % du nombre de clients venus remplir leurs paniers de fraises cette année par rapport à l’an dernier.

Même scénario à Saint-Augustin-de-Desmaures, près de Québec, où Roseline Drolet dit avoir vécu sur sa fraisière un achalandage qu’elle n’avait jamais connu en 40 ans. « On ne s’attendait pas à ça, admet-elle. On ne savait pas si les gens allaient rester chez eux ou sortir. Eh bien, ils sont sortis. J’ai dû limiter ma capacité. Mes champs se faisaient vider plus rapidement. Je n’en ai pas eu assez pour répondre à la demande. Cette année, la plupart du temps, on devait fermer à midi parce que le champ avait été vidé. »

Mme Drolet assure pourtant avoir produit autant de fraises que l’an dernier.

Même la vente à mon kiosque à la ferme a augmenté, ajoute-t-elle. Souvent, à 2 h de l’après-midi, je n’avais plus de fraises à vendre parce que ma récolte du jour était épuisée.

Roseline Drolet

Comment expliquer cet engouement pour la cueillette du populaire fruit rouge ? « L’appel du gouvernement pour l’achat local a été vraiment entendu, croit Francine Héroux. Les gens restent au Québec, ils restent dans leur région. Ils restent dans leur cour. Ils vont aller chercher les activités qui sont accessibles et près de chez eux. »

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Près de 75 % des producteurs donnent accès à leurs champs pour l’autocueillette, selon l’Association des producteurs de fraises et framboises du Québec.

« Il y a quand même un retour à la terre, fait quant à elle observer Josée Larose, copropriétaire du Roi de la fraise, à Saint-Paul-d’Abbotsford. Les gens ont dans l’idée de cuisiner beaucoup plus. »

Près de 75 % des producteurs donnent accès à leurs champs pour l’autocueillette, selon l’Association des producteurs de fraises et framboises du Québec. Rappelons que le printemps dernier, l’incertitude planait concernant la possibilité ou non de permettre l’autocueillette. Le gouvernement a finalement donné son feu vert à la fin du mois de mai.

Saison écourtée

Les amateurs ont toutefois eu peu de temps pour faire des réserves. La saison des fraises d’été a été écourtée cette année, souligne Jennifer Crawford, directrice générale de l’Association.

« Ce qu’on a vu cette année, ce sont des plants moins productifs parce qu’ils avaient le stress de la chaleur et le stress hydrique dans certains cas. Donc, on voyait de plus petits fruits et beaucoup moins de fruits », explique-t-elle.

La chaleur extrême a également fait mûrir les fraises rapidement.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Josée Larose et Gino Maynard, copropriétaires du Roi de la fraise, à Saint-Paul-d’Abbotsford

Une chance qu’il y a eu beaucoup de monde parce qu’il y a eu moins de gaspillage dans les champs. [Mais] on a terminé un peu plus tôt. Il n’y avait plus de fraises. Tout était ramassé.

Josée Larose, copropriétaire du Roi de la fraise, à Saint-Paul-d’Abbotsford

Si bien des producteurs estiment que les rendements pour les fraises d’été pourraient être inférieurs aux productions des années précédentes, la saison du fruit rouge n’est pas encore terminée, tient à rappeler Jennifer Crawford. La récolte des fraises dites d’automne a déjà commencé dans certaines régions. On ne peut toutefois pas en faire l’autocueillette. Si la météo le permet, les amateurs pourront néanmoins mettre les fraises d’automne dans leur panier d’épicerie jusqu’à la fin de septembre.

Les fraises en chiffres

Nombre de producteurs au Québec : 400

Quantité produite (en tonnes) :
11 263 (2014)
12 848 (2015)
14 117 (2016)
15 971 (2017)

Consommation annuelle de fraises fraîches par personne au Canada : 3,41 kilos

Source : Institut de la statistique du Québec, ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation