Après avoir mis sur pied au début de la crise une série de programmes d’urgence pour soutenir financièrement les entreprises frappées par le coronavirus, le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, amorce un virage relance en annonçant la création, en partenariat avec la Banque Nationale, d’un fonds d’équité pour assurer le développement des PME.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Le Fonds croissance PME Banque Nationale-Québec, doté de 200 millions, provenant à 50 % d’Investissement Québec et à 50 % de la Banque Nationale et de ses clients fortunés, investira directement dans le capital des entreprises en prenant une participation dans leur équité.

Il ne s’agit pas ici d’un programme d’aide financière pour alléger le bilan de PME touchées par la crise, mais bien d’un fonds d’investissement qui vise à accélérer leur développement en leur permettant de réaliser des acquisitions ou l’implantation de nouvelles technologies qui les aideront à hausser leur productivité.

Depuis le début de la crise, Québec a mis sur pied le Programme d’action concertée temporaire pour les entreprises (PACTE), qui a garanti pour 1,5 milliard de prêts, et les fonds locaux de développement, qui ont injecté 250 millions dans des prêts de 50 000 $ et moins pour les petites entreprises.

Avec le Fonds croissance PME, le ministre Fitzgibbon a entrepris de participer à la solidification du bilan de PME dynamiques qui veulent poursuivre leur expansion et qui ne souhaitent pas recourir à l’endettement.

On va leur offrir de prendre une participation dans leur entreprise en achetant de leurs actions ou en prenant une débenture convertible. Leur permettre d’accélérer l’innovation et la numérisation de leurs activités ou de réaliser des acquisitions. On leur offre une plus grande disponibilité de capitaux.

Pierre Fitzgibbon

La création de ce fonds a été entreprise par la Banque Nationale, qui va en assurer la cogestion. Depuis plusieurs années, la division Gestion de patrimoine de l’institution souhaitait offrir à sa clientèle fortunée des occasions d’investissement privé, et la situation générée par la COVID-19 a élargi les besoins financiers de nombreuses grandes PME.

« Ce n’est pas un fonds de dépannage, mais un fonds d’entreprises capables de générer de la valeur. La Banque va investir 20 millions de ses capitaux propres et nos clients-investisseurs, les 80 millions restants », explique Stéphane Achard, premier vice-président à la direction, entreprises et assurance, de la Banque Nationale.

Un fonds sur fond de relance

Le Fonds croissance PME Banque Nationale-Québec investira dans des entreprises de tous les secteurs d’activité, mis à part l’agriculture et l’immobilier, et ses participations varieront entre 500 000 $ et 15 millions.

« On pourra investir dans un restaurant qui veut prendre de l’expansion ou une entreprise qui veut réduire sa dette pour réaliser des projets de numérisation. Mais il y aura toujours un objectif de rendement », assure Stéphane Achard.

Le responsable de la Banque Nationale ne cache pas que l’institution profitera de la création du nouveau fonds. Mais il précise que ce fonds ne sera pas accessible seulement aux entreprises qui sont clientes de la Banque.

« On a un réseau et on est partout au Québec, toutes les entreprises vont être admissibles. On pense être en mesure de déployer les 200 millions sur un horizon de 12 à 15 mois, et les premiers financements vont se réaliser dès le mois de septembre », anticipe-t-il.

À la Banque Nationale comme au ministère de l’Économie et de l’Innovation, on estime que ce programme s’inscrit dans le mouvement de relance économique que l’on observe partout au Québec.

C’est sûr qu’il va y avoir d’autres initiatives. Le ministre des Finances, Eric Girard, a déclaré qu’il y aurait 4 milliards de disponibles pour soutenir la reprise.

Pierre Fitzgibbon

Mais le ministre se montre optimiste devant les plus récentes statistiques sur le chômage. Le taux de 10,7 % enregistré en juin démontre une nette amélioration par rapport aux 17 % d’avril dernier.

« On devrait avoir un taux de chômage à 8 % en septembre, si tout se déroule bien. C’est sûr que le chômage n’est pas la seule variable qu’il faut regarder. Il faut s’assurer aussi de garder nos infrastructures bien vivantes, que ce soit dans les secteurs de l’aéronautique ou du tourisme. On ne souhaite pas avoir des fermetures d’hôtels à Montréal », insiste le ministre.

« Le chômage a beau reculer, il faut aussi que notre productivité augmente. Ça reste un enjeu. Beaucoup de nos PME manufacturières sont intégrées dans la chaîne d’approvisionnement mondiale, et notre situation va être affectée par le contexte international. Il va falloir être encore très vigilants », constate Pierre Fitzgibbon.

Il n’en reste pas moins que la création du Fonds croissance PME marque une certaine coupure avec celle des nombreux programmes d’aide d’urgence qui ont été déployés au cours des derniers mois. Là, on parle d’un programme d’action. C’est un pas en avant.