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KÉVYN GAGNÉ
Directeur des ressources humaines chez Franklin Empire

Œuvrant comme professionnel en ressources humaines (RH) depuis plus de 13 ans, et m’exprimant régulièrement sur ce domaine, je n’allais pas passer sous silence ce qui s’est déroulé chez Ubisoft.

D’emblée, j’ai une pensée pour les victimes alléguées.

Deuxièmement, toute situation de harcèlement psychologique, qu’elle soit fondée ou non, devrait être rapportée au service des RH et une enquête digne de ce nom devrait se déployer. Laissons les RH faire leur travail afin de départir le vrai du faux, et si vous œuvrez dans la fonction, vous savez que le vrai et le faux s’entrechoquent continuellement.

Mais qu’en est-il lorsque les RH font défaut ?

Au même titre que la politique de tolérance zéro en matière de violence au travail, ou de lutte contre le harcèlement psychologique au travail, des mesures particulières de dénonciation sont mises en place lorsque le harceleur est le supérieur ou bien que les RH dorment au gaz.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Ceux et celles qui croient que les ressources humaines sont du côté de l’employeur voient leur perception renforcée par les faits allégués chez Ubisoft, écrit l’auteur de ce texte.

Puisqu’il m’a été donné de faire plusieurs interventions en la matière au fil des années, j’aimerais, avant de poursuivre, faire quelques clarifications au sujet du harcèlement psychologique :

1. L’article 8118 de la Loi sur les normes du travail, abordant la problématique du harcèlement psychologique en milieu de travail, demeure méconnu ou mal interprété par beaucoup d’employés et d’employeurs ;

2. BEAUCOUP d’employés confondent droit de gestion et harcèlement psychologique ;

3. BEAUCOUP de gestionnaires se déresponsabilisent, ne veulent pas traiter la question et la délèguent immédiatement aux RH ;

4. Les témoins voient, mais attendent. Ils sont muets, et si la situation s’envenime, soit qu’ils détournent le regard, soit qu’ils ne comprennent pas pourquoi les RH n’interviennent pas ;

5. Le harceleur n’est pas exclusivement l’employeur. L’employé peut aussi harceler l’employeur ou bien des collègues de travail ;

Beaucoup de gens ne savent pas à quoi servent les RH, ou bien ce qu’elles font vraiment, et encore moins à quel moment et pour quelle raison nous devons aller les voir.

Sans surprise, les gens évitent habituellement toute forme d’interaction avec elles, puisque généralement, les RH vont les voir pour les congédier. Donc, pourquoi aller les voir, surtout si elles sont du côté de l’employeur ?

Ceux et celles qui entretiennent cette pensée voient leur perception renforcée par les faits allégués chez Ubisoft.

Si vous ne lisez pas plus que le titre de l’article paru dans La Presse le 3 juillet dernier : « Allégations de harcèlement chez Ubisoft : un problème aux ressources humaines », vous n’avez d’autre choix que de dire que le problème est attribuable aux RH. Ne vous en faites pas, je me dis souvent la même chose. Toutefois, si vous prenez le temps de lire l’article, vous vous apercevez que le service des RH n’est pas le seul fautif.

> (Re)lisez l’article

Je n’ai pas la cupidité de me faire du capital sur cette mauvaise publicité ni même de défendre les services des RH actuels et passés mis en cause chez Ubisoft. Simplement le désir de vous amener à aiguiser votre sens critique de la nouvelle. Étant un directeur RH, évidemment que je me sens concerné par cette nouvelle, mais le merveilleux monde du travail est malheureusement rempli d’exemples similaires.

L’article fait mention de culture d’entreprise, de pouvoir limité, de membres de la haute direction, de perception, de responsabilités et d’obligations, de formation, de santé et sécurité au travail, de pratiques de gestion déficiente, de sexisme, et de misogynie dans l’industrie du jeu. L’article parle aussi des RH.

Évidemment que l’ensemble de ces thématiques gravite autour des RH, je vous l’accorde. Mais la problématique ne leur est pas exclusivement attribuable.

Je le dis et redis, vous avez parfois raison, les services des RH sont parfois mauvais. Mais continuons de dénoncer les mauvaises pratiques alléguées et laissons les tribunaux administratifs et l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés faire leur travail.

Malgré le dossier Ubisoft, n’attendez pas d’être au bout du rouleau ou bien dans une situation d’apparence problématique pour aller voir votre professionnel RH.

Prévention, sensibilisation, dénonciation, action et confiance demeurent des atouts incontournables.