Dès le début du confinement, notre chroniqueuse Marie-Claude Lortie a commencé à s’entretenir à bâtons rompus, en direct, sur Instagram, presque tous les jours, avec des personnalités de partout. Pour parler de sujets aussi variés que les conséquences de la crise sur les restaurants, Black Lives Matter ou la pauvreté en Afrique du Sud. Les conversations archivées peuvent être visionnées sur Instagram, sur son compte mc.lortie. Jeudi dernier, elle a conversé avec Anna Goodson, présidente et fondatrice de l’Agence Anna Goodson, qui représente des illustrateurs du monde entier. Voici quelques extraits édités de la discussion.

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Marie-Claude Lortie : Toi, tu es une agente d’artistes illustrateurs. On te contacte de partout dans le monde pour avoir des illustrations. Des gens des journaux, en pub, dans l’édition…

PHOTO PIERRE ARSENAULT, FOURNIE PAR ANNA GOODSON

Anna Goodson

Anna Goodson : … les revues, partout où on voit des images, des affiches… On fait beaucoup, beaucoup de contenu éditorial ces temps-ci. Avec la COVID-19, on a fait pas mal de couvertures intéressantes, notamment pour The Economist. On travaille beaucoup avec de nombreuses revues aux États-Unis aussi, au sujet des élections, entre autres. La pub est occupée aussi. On fait de l’animation, des GIF aussi.

MCL : Avec le confinement, la demande a augmenté parce que les médias n’avaient plus la possibilité de faire des séances de photos ?

AG : Une séance de photos, ça prend une équipe. C’est une grosse production. Le photographe, mais aussi les assistants, le maquilleur, coiffeur, etc. Donc avec le confinement et les délais engendrés, beaucoup de gens qui avaient besoin d’images se sont retrouvés coincés. On a reçu des demandes un peu « au secours ». Des médias. Même en publicité. On a fait de l’animation, des portraits. Il y a eu un petit rush. Dans l’industrie de la culture et de l’art, tellement de gens sont affectés. Complètement arrêtés. Nous, on était très occupés. Je suis choyée, chanceuse, de pouvoir représenter des gens à travers le monde dont le travail n’a pas été affecté du tout.

  • Illustration d’Andrea Ucini pour The Economist

    IMAGE FOURNIE PAR ANNA GOODSON

    Illustration d’Andrea Ucini pour The Economist

  • Illustration sur le télétravail de Martin Tognola pour The Wall Street Journal

    IMAGE FOURNIE PAR ANNA GOODSON

    Illustration sur le télétravail de Martin Tognola pour The Wall Street Journal

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Nous, donc, on négocie les contrats. On ne se mêle pas du tout de la création. On met en contact les directeurs artistiques et les artistes.

MCL : Tu as eu cette idée de faire plus aussi pendant la crise, donc tu as créé le Creative Pixel Project. C’est quoi ?

AG : Au début du confinement, j’ai été très affectée. Et j’ai senti cette peur d’être seule, impuissante. J’ai regardé vers l’art en me disant : qu’est-ce que je peux faire pour faire une différence ? Généralement, ça m’arrive à 4 h du matin. C’est mon côté entrepreneure, intense. Donc j’ai créé une initiative artistique globale. Pour rejoindre tout le monde. Pour inviter tout le monde sur la planète, pas juste mes artistes, à s’exprimer artistiquement et à envoyer des images sur le confinement : comment tu te sens et c’est quoi la quarantaine pour toi. J’ai mis les images sur un compte Instagram. Ça a tellement bien marché au début que Instagram m’a bloquée. Ils pensaient que c’était un robot. Maintenant, j’ai demandé à un artiste d’en faire une image. Donc toutes ces images sont maintenant les pixels d’une autre grande image, très positive, de l’expérience.

On a plus de 300 images qui sont des pixels, de l’Afrique, du Kazakhstan, de l'Australie, partout.

Si jamais quelqu’un veut en faire des affiches ou quoi que ce soit, mon image est disponible. On ne veut pas faire de la promotion corporative. L’art nous fait nous sentir bien, en tout cas moi, oui. On a besoin de positif. On sort d’un moment extrêmement difficile. J’imagine des parents et des enfants en train de regarder cette image de très proche. J’espère que ça va apporter un peu de bonheur.

MCL : Il me semble que je la verrais, très grande, dans une institution publique…

AG : Je l’offre gratuitement. Ça serait le fun que les Québécois et les Montréalais la voient. Ça pourrait être affiché dans un hôpital, partout, dans les abribus… On regarde ça. Dans une semaine ou deux, ça sera sur le site.

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MCL : Tu as décidé de te lancer en affaires il y a 25 ans, de quelle façon ? C’est quoi la marche à suivre ?

AG : J’ai été en production en imprimerie pendant quelques années avec mon père et je suis partie pour aller en publicité parce que ça avait l’air cool dans l’émission Thirtysomething. Tu te rappelles ? Quand j’ai quelque chose dans la tête, je le suis. Je n’avais aucune expérience en publicité, mais j’ai trouvé un super emploi pendant cinq ans et demi et puis je suis allée travailler dans une agence de photographes de mode. J’ai été là un an et demi et j’ai décidé de lancer ma propre boîte. Au début avec des photographes. À cette époque, je ne savais même pas ce qu’étaient les illustrations. Et puis un illustrateur français est arrivé à Montréal et m’a dit qu’il n’avait pas d’agent, donc je l’ai pris…

MCL : Aujourd’hui, tu aides aussi les jeunes, tu investis dans les jeunes entreprises…

AG : J’ai été juge avec le Startupfest pendant des années. J’ai investi comme ange, oui. J’aime aussi beaucoup faire du mentorat. Aider les jeunes femmes. Ça a explosé depuis cinq ans.

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