Après plus de deux mois de crise, le moral des PDG du monde entier prend un peu de mieux, selon un coup de sonde de la Young President’S Organization (YPO), regroupant 30 000 membres dans le monde. Une grande inconnue tenaille les patrons : le consommateur aura-t-il le cœur à la dépense cet automne ?

André Dubuc André Dubuc
La Presse

Un répondant sur deux au sondage déclare que le plus gros obstacle à une reprise des affaires sera la décroissance de la demande des consommateurs. YPO a questionné 2700 chefs d’entreprise de 100 pays, dont environ la moitié proviennent des États-Unis. L’enquête s’est déroulée du 27 au 30 mai dernier.

« Dans une crise, le consommateur a peur. Il se consacre à payer des dettes, à épargner en prévision de la prochaine crise, donc à moins dépenser », explique Robert Frances, fondateur et grand patron du groupe financier PEAK, de Montréal. Il est le président mondial sortant de la YPO.

PEAK se présente comme le premier courtier indépendant au pays avec 11 milliards d’actifs sous gestion, 1500 conseillers et plus de 150 000 clients-investisseurs.

Encore aujourd’hui, une forte majorité, soit 64 % des dirigeants, est pessimiste concernant les prochains mois. Cette proportion est en recul, cependant. En avril, ils étaient 84 % à partager ce sentiment.

Il s’agit du troisième sondage réalisé par la YPO depuis le 1er mars. L’objectif est de suivre l’évolution des sentiments des PDG de la planète.

Prenez connaissance des faits saillants du sondage

De façon générale, l’état d’esprit des dirigeants canadiens est au diapason des patrons étrangers. À la question « Est-ce que les perspectives d’affaires se sont améliorées depuis le 1er mars ? », 26 % des présidents canadiens répondent par l’affirmative, une proportion semblable à celle de l’ensemble des répondants.

Ça peut paraître surprenant parce que l’économie canadienne repose sur des industries frappées de plein fouet par la pandémie. Pensons au pétrole, à l’aérospatiale, à l’automobile et au tourisme.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Robert Frances, fondateur et grand patron du groupe financier PEAK, de Montréal. Il est également le président mondial sortant de la YPO.

Le Canada a une économie diversifiée. Le pays est fort dans des secteurs qui ont su tirer leur épingle du jeu pendant la crise sanitaire comme la santé, les télécommunications, les TI, les services financiers et les aliments et boissons.

Robert Frances

Note encourageante, les dirigeants ne semblent pas craindre outre mesure l’avènement d’une deuxième vague du virus à l’automne. Seulement 6 % des dirigeants affirment qu’une deuxième vague posera une menace grave à leur entreprise.

Sont-ils insouciants ? « Non, les dirigeants sont moins craintifs parce qu’ils se considèrent comme mieux préparés », répond M. Frances. Merci donc à la séparation physique, aux masques, visières, solutions désinfectantes et plexiglas.

Il est vrai que tout le monde a été pris au dépourvu lors de la première vague. Les gouvernements n’ont eu d’autre choix que d’intervenir massivement sur le plan financier pour éviter une catastrophe économique. Au total, 55 % des 2700 dirigeants en provenance de 100 pays reconnaissent avoir reçu une aide gouvernementale ces dernières semaines. La forme la plus populaire a été l’aide salariale.

Il faudra voir de quelles façons les gouvernements refileront la facture aux contribuables. Le sondage n’a pas demandé l’avis des patrons sur ce point.