L’Association canadienne du médicament générique (ACMG) publie ce mercredi une liste de solutions qui permettraient d’être « mieux équipés », dit-elle, pour l’approvisionnement des médicaments d’ordonnance lors d’une prochaine urgence sanitaire.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

« On n’a aucune réserve nationale de médicaments de base nulle part, que ce soit des antibiotiques ou des antidouleurs comme de la morphine, affirme en entrevue le PDG de Sandoz Canada, Michel Robidoux. De façon surprenante, Santé Canada n’a pas établi de liste de médicaments essentiels. »

C’est l’un des constats, ressorti au cours de la pandémie, qui incite l’ACMG à faire plusieurs recommandations au gouvernement, dont celle de dresser au plus vite une liste des médicaments essentiels.

Dans sa « Feuille de route pour un approvisionnement durable en médicaments d’ordonnance pour les Canadiens », l’Association explique qu’en ayant cette liste, l’industrie et les gouvernements pourraient ensuite déterminer ce qui pourrait être fabriqué localement ou importé. La liste idéale comporterait de 50 à 70 médicaments et serait indépendante de l’enjeu du moment.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Michel Robidoux, PDG de Sandoz Canada

« On pense que Santé Canada pourrait dire, que ce soit une pandémie, une inondation, une catastrophe naturelle, voici les médicaments de base qu’une société comme la nôtre au Canada devrait avoir », soutient Michel Robidoux.

Pour constituer ce stock et l’entreposer, il faudrait que les entreprises puissent compter sur certaines garanties du gouvernement, renchérit le président de l’ACMG, Jim Keon.

« Au Québec, les entreprises sont prêtes à augmenter leurs investissements, mais elles ont besoin de certaines garanties de volume pour les achats de médicaments et des ententes de prix, explique-t-il au téléphone. Si on cherche toujours juste le plus bas prix au monde, c’est très difficile de bâtir une industrie au Québec. »

Aucune subvention

Le président de l’ACMG et le PDG de Sandoz Canada soulignent que contrairement à d’autres industries, celle des médicaments génériques ne reçoit aucune subvention gouvernementale.

« On tient pour acquis que l’agriculture est largement financée par l’État, observe Michel Robidoux. Ce qu’on a réalisé durant la COVID-19, c’est que parmi les choses fondamentales, il n’y a pas seulement la nourriture, il y a aussi les médicaments. »

Les quatre plus grandes entreprises génériques ont toutes des usines canadiennes, note-t-il, dont Apotex et Teva à Toronto, Pharmascience à Montréal et Sandoz à Boucherville.

Alors que 73 % de toutes les ordonnances au Canada sont remplies avec des médicaments génériques et que les prix des produits sont à la baisse depuis 10 ans, l’industrie réclame dans sa « Feuille de route » des subventions des gouvernements ainsi que des dons de produits nécessaires à la production comme les masques N95, des gants, des blouses et du désinfectant pour les mains.

L’ACMG souhaiterait également que certaines approches, qui ont été mises en place durant la pandémie, puissent rester, comme l’assouplissement de ses réglementations. L’accès à certains produits serait aussi plus simple, plaide-t-elle, si le Canada uniformisait ses règles avec celles de l’Agence européenne des médicaments (EMA) et de la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis.